S2E13 : Comment gérer les commotions cérébrales dans le sport?

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S2E13 : Comment gérer les commotions cérébrales dans le sport?
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Les commotions cérébrales sont un problème auquel il faut s’attaquer.

On se doit non seulement de mieux les prévenir, mais également de mieux les traiter.

Pour en discuter, nous recevons le Dr. Philippe Fait, Directeur scientifique de la Clinique Cortex et co-fondateur de la Fondation Pier-Yves Bouchard.

Daniel : Qu’est-ce qu’une commotion cérébrale et quelle est la différence entre une commotion cérébrale et un traumatisme crânien?

Philippe : On définit un traumatisme cranio-cérébral par un traumatisme, donc un accident, qui va toucher le cerveau dans la boîte crânienne.

Les traumatismes comportent plusieurs grades : les traumatismes légers seront qualifiés de commotion cérébrale tandis que les plus graves seront considérés comme des traumatismes crâniens.

On qualifie les traumatismes de légers lorsqu’aucune anormalité ne sera détectée sur les imageries médicales. Les symptômes sont tout de même présents et ils sont de nature fonctionnelle.

Les traumatismes modérés à graves, quant à eux, ont de fortes chances de provoquer des séquelles qui perdureront sur le long terme.

Daniel : Quels sont les risques que ces traumatismes aient des répercussions sur le long terme justement?

Philippe : Beaucoup de facteurs en fait.

Le 1er facteur serait l’étendu des dommages. Si c’est une commotion cérébrale et qu’elle est bien prise en charge, les chances de séquelles à long terme sont assez faibles.

C’est également le cas pour une première commotion ou encore des commotions très espacées dans le temps. En effet, plus on multiplie les commotions, plus la commotion subie est importante et plus les risques de séquelles sur le long terme augmentent.

Daniel : Quels sont les symptômes d’une commotion cérébrale?

Philippe : Il y a 4 grandes catégories de symptômes reliées aux commotions cérébrales.

Il y a tout d’abord la catégorie physiologique qui comprends des symptômes comme les maux de tête, étourdissements, etc.

Il y a ensuite les symptômes d’ordre cognitif comme les difficultés d’attention et de concentration.

Comme troisième catégorie, on parle des symptômes affectifs qui peuvent avoir des impacts sur le niveau d’irritabilité par exemple.

Finalement, les troubles du sommeil représentent la dernière catégorie et se traduiront par de l’insomnie ou de la somnolence par exemple.

Daniel : Quelles sont les grandes étapes du retour au sport après une commotion?

Philippe : On doit tout d’abord prendre en considération que chaque personne est différente et qu’il n’y pas une seule et unique formule gagnante pour tous.

La première chose à faire est un retrait des activités à risques. On doit à tout prix éviter un autre mouvement dans la boite crânienne suite à la commotion. Un repos d’une durée de 24 à 48h est donc nécessaire et il est d’ordre physique et cognitif, i.e. pas de lecture, de devoirs, de jeux vidéos, etc.

On doit comprendre qu’une commotion est en fait une ébullition au niveau cérébral et que le repos est nécessaire pour la guérison.

Par la suite, si les symptômes ont disparus, on peut recommencer les activités physiques très légères tels que la marche, le vélo stationnaire, etc. On attends par la suite 24 h et si aucune augmentation des symptômes ne surgit suite à l’activité, on peut augmenter l’intensité tout en évaluant les symptômes.

Ensuite, on peut penser à réintégrer des pratiques sans contact dans nos activités pour finalement, si le tout se passe bien, réintégrer les pratiques normales et ultimement, un retour au jeu.

Même chose pour le cognitif : on y va de façon graduelle avec la lecture de courte durée, ensuite les devoirs, pour finalement réintégrer les bancs d’école.

Daniel : Combien de temps doit-on prévoir pour récupérer d’un traumatisme crânien?

Philippe : Chaque personne est différente mais on doit compter au minimum 10 à 14 jours pour un adulte et 1 mois pour un enfant.

Lorsqu’on dépasse les 3 mois, on tombe malheureusement dans des phases plus chroniques et il est important de consulter afin d’éviter que les symptômes demeurent.

Daniel : Je suis moi-même client de votre clinique pour de légères commotions : j’ai eu le sentiment que les commotions sont traitées un peu comme une blessure physique, i.e. augmenter la charge de façon graduelle. Est-ce que je me trompe?

Philippe : J’aime beaucoup ton analogie et tu as raison sur certains points.

Par contre, la différence c’est qu’une commotion est difficilement tangible pour le patient. C’est-à-dire que, malgré les symptômes, aucune imagerie médicale ne peut prouver la condition. Les gens, croyant ainsi que leur traumatisme est banal, continuent leurs activités malgré les maux de tête.

À l’inverse, une douleur à la cheville par exemple, peut t’empêcher de marcher donc t’oblige, en quelque sorte, à gérer le problème assez rapidement. La prise en charge d’une commotion est donc plus difficile et moins intuitive.

Il est important de préciser que, comme c’est le cerveau qui gère toutes les fonctions du corps humain, un traumatisme peut avoir des impacts sur nos pensées et nos prises de décisions qui sont parfois peut idéales. Ça peut expliquer pourquoi certaines personnes se mettent à risque à la suite d’une commotion.

Daniel : Qui va-t-on voir lorsqu’on subit a une commotion?

Philippe : L’idéale est de commencer avec son médecin de famille puisqu’il.elle constitue, en quelque sorte, le chef d’orchestre pour la suite. Il y a de fortes chances qu’il.elle vous réfère vers une équipe interdisciplinaire pour cibler les besoins.

Par exemple, pour les symptômes physiques, on peut aller voir un physiothérapeute, un kinésiologue, etc.

Pour les troubles cognitifs, on peut penser aux neuropsychologues ou encore aux ergothérapeutes, tandis que pour les troubles affectifs, un psychologue est tout à fait indiqué.

La Clinique Cortex est également un excellent point de service avec ses multiples spécialistes interdisciplinaires.

Daniel : J’imagine que l’idéal, c’est de prévenir les commotions. Sur quoi doit on travailler pour les prévenir au maximum?

Philippe : Il y a en effet beaucoup d’aspects qui aident la prévention des commotions.

On peut penser à l’environnement du sport tel qu’un équipement adapté : l’ajustement d’un casque est un bel exemple. Toujours dans l’environnement du sport, on peut penser aux placement de matériels à proximité des aires de jeux comme des murs, des poubelles, etc.

Il y a ensuite les règles dans les sports qui doivent être érigées afin de limiter les coups à la tête et à encourager le fairplay.

Une autre méthode serait la prévention individuelle par la pratique d’exercices de renforcement musculaire au niveau du cou afin d’augmenter l’absorption de l’énergie, etc.

Finalement, on essaie de sensibiliser davantage les jeunes sur les commotions afin qu’ils soient en mesure de détecter rapidement les signes chez leurs coéquipiers par exemple.

Daniel : Est-ce que les micro-commotions cérébrales existent?

Philippe : Malgré le fait que beaucoup de spécialistes se penchent sur la question, il nous est actuellement difficile de répondre à cette question en 2021.

On a en effet détecté que certains sports, tels que le soccer et le football par exemple, créer des milliers de coups répétés à la tête des joueurs sans toutefois provoquer de commotions. Par contre, ce serait l’accumulation de ces micro-chocs qui provoqueraient des dysfonctions plus tard dans leur vie.

Ceci étant dit, aucun résultat ne peut prouver cette théorie pour l’instant.

Daniel : Pour terminer, peux-tu nous parler un peu de la Fondation Pier-Yves Bouchard?

Philippe : Pier-Yves était un joueur de soccer de 21 ans lorsqu’il a perdu la vie suite à un choc important survenu lors d’un tournoi de soccer intérieur.

Je jouais à l’époque au soccer avec son père et nous avons eu l’idée de fonder une fondation qui aiderait les gens atteint d’une commotion cérébrale soit pour des consultations avec des professionnels ou encore pour l’achat d’équipement divers. On a ainsi aidé une foule d’équipes de sports pour l’achat de casques de protection par exemple.

Notre mission est donc d’aider les gens qui ont subit des commotions cérébrales dans un contexte sportif.

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