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S2E15 : Comment l’activité physique influence la santé mentale?

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S2E15 : Comment l'activité physique influence la santé mentale?
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L’activité physique influence la santé mentale, c’est bien connu, mais à quel point et comment? C’est la question qu’on aborde avec une spécialiste en la matière, Isabelle Doré, Ph.D. et professeure à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal.

Daniel : Est-ce que la pratique d’activité physique améliore notre santé mentale?

Isabelle : Absolument! Il y a de plus en plus d’études qui démontrent que l’activité physique est en fait un véhicule et un promoteur d’une bonne santé mentale et qu’elle représente un excellent outil de réduction des symptômes anxieux et dépressifs.

Daniel : Est-ce qu’il y a une dose minimale d’activité physique à pratiquer par semaine et quels sont ses effets sur la santé mentale?

Isabelle : Il n’existe pas de guides ou de recommandations spécifiques en matière de quantité d’activité physique à atteindre pour obtenir des bienfaits en santé mentale. Je vous dirais que si je réussi à mettre le doigt sur un chiffre précis dans ma carrière, je serais plus que choyée!

Actuellement, nous utilisons comme références les guides et les recommandations canadiennes qui existent sur la santé physique, soient la complétion de 150 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse, par semaine

Ces 150 minutes ont démontré des résultats positifs sur la diminution des risques de dépression. Ceci étant dit, il y a une multitude de composantes qui ont un impact différentiel sur la santé mentale et sur lesquelles on doit tenir compte.

Daniel : Pourquoi l’activité physique nous permet-elle de diminuer nos risques de développer des problèmes en santé mentale? Quels sont les mécanismes?

Isabelle : Il y a trois principaux mécanismes qui entrent en jeu sur l’impact de l’activité physique sur la santé mentale :

  • Mécanismes biologiques : l’activité physique a des bienfaits sur la santé mentale et ce, de 2 façons. La première façon serait la sécrétion de sérotonine et d’endorphine : hormones connues pour leurs effets analgésiques et antidépresseurs. La deuxième façon serait la régulation des hormones. En effet, pendant la pratique d’activité physique, notre chaleur corporelle augmente, favorisant ainsi la circulation sanguine non seulement dans notre coeur, mais également dans notre cerveau. Une meilleure circulation sanguine au cerveau permet une meilleure régularisation du cortisol, qui se trouve à être l’hormone du stress. Donc, la pratique d’activité physique permet une meilleure régulation du stress.
  • Mécanismes psychologiques : l’activité physique a des bénéfices sur la santé mentale à court terme grâce à son pouvoir de distraction. En effet, beaucoup de gens se tournent vers l’activité physique lorsqu’ils passent une mauvaise journée ou vivent un épisode de stress. Le simple fait d’aller marcher, courir ou tout simplement bouger, interromprait les pensées négatives en centrant notre attention sur ce que nous sommes en train de faire au moment présent, et non sur nos tracas. Ça représente une excellente solution à court terme. Un autre élément, non négligeable, serait l’estime de soi que l’on obtient lorsqu’on se fixe et qu’on réalise nos objectifs d’activité physique.
  • Mécanismes sociaux : ce mécanisme englobe la pratique d’activité physique dans un contexte sociale, qui se trouve à être ma spécialité. La pratique d’activité physique se fait souvent en milieu social et le simple fait d’avoir des interactions avec d’autres personnes aurait un impact direct sur notre réseau social, notre soutient social et notre sentiment d’appartenance. Plus les gens ont un grand sentiment d’appartenance à un groupe, plus ils ont d’interactions sociales et plus ils ont du soutient social quand ils en ont besoin. Rassurez-vous, nul besoin d’être dans une équipe sportive; une simple marche entre collègues sur l’heure du dîner ou encore participer à un cours de groupe fait amplement l’affaire.

Daniel : Est-ce qu’une personne qui est plus de type solitaire, mais qui sourit et salut les gens qu’elle croise pendant sa marche/course lui permettrait d’atteindre les bienfaits des mécanismes sociaux mentionnés plus haut?

Isabelle : Ma réponse personnelle serait oui, mais il n’y a aucune données scientifiques qui abondent dans ce sens. Pour ma part, ça m’apporte énormément de rencontrer des gens dans les sentiers et de savoir que ces derniers ont également prit quelques minutes de leur journée pour prendre soin d’eux.

Il faut également s’avoir qu’il n’y a pas absence de bénéfices lorsqu’on pratique seul notre activité physique, c’est seulement que les bienfaits sont plus grands lorsque pratiqués en groupe.

Daniel : Est-ce vrai que le simple fait d’aller à l’extérieur, à concurrence d’environ 2 heures par semaine, serait bénéfique sur la santé mentale?

Isabelle : La littérature semble en effet démontrer un effet conjoint et additif sur la santé mentale de l’exposition à la nature dans un contexte ou pas d’activité physique.

La nature est reconnue pour ses bienfaits apaisants et relaxants donc c’est normal de penser qu’elle favorise une bonne santé mentale.

De plus, il y a une foule d’organisations qui utilisent le plein-air pour créer un réseau et un sentiment d’appartenance. Ça demeure un véhicule très puissant et universel.

Daniel : Quel est l’impact de l’activité physique sur le développement psychosocial des adolescents?

Isabelle : Il est énorme! Comme on sait que l’activité physique réduit le stress, l’anxiété et les symptômes dépressifs, sa pratique régulière est importante chez les adolescents car c’est durant cette période qu’on peut noter une hausse de divers problèmes de santé mentale.

L’activité physique chez les jeunes affecte non seulement la santé mentale, mais également indirectement la réussite scolaire ainsi que la persévérance scolaire. En effet, le sport est un facteur de rétention scolaire important chez les jeunes. Ça leur fournit non seulement un sentiment d’appartenance, mais également une motivation à se rendre dans leur établissement scolaire jours après jours.

On sait maintenant que les périodes d’activités physiques inclues dans le programme scolaire sont primordiales sur le développement académique parce qu’elles augmentent la concentration et la réceptivité des étudiants.

Daniel : Croyez-vous qu’il soit important de développer davantage l’habileté motrice des jeunes afin de les outiller davantage lorsqu’ils seront plus vieux afin de leur offrir un choix plus vaste d’activité physique à pratiquer à l’âge adulte?

Isabelle : Les professeurs d’éducation physique ont un rôle énorme non seulement dans le développement d’habiletés physiques, mais également dans la promotion de celle-ci. Il y a en effet une foule d’habiletés motrices que l’enfant se doit d’avoir et plus on intervient tôt, plus c’est bénéfice.

Ça se passe autant dans les CPE, dans les foyers familiales, qu’à l’école. Le défi est de poursuivre la mobilité à l’adolescence, mais également à l’âge adulte.

Daniel : Quels sont les bénéfices de l’activité physique pour les gens atteints ou en rémission d’un cancer.

Isabelle : Les bénéfices sont très nombreux et on a assisté à un grand changement de mentalité dans les dernières années. En effet, il y a de cela 30 ans environ, on recommandait au gens atteint d’un cancer de se reposer et d’éviter toute forme d’activité physique. Aujourd’hui, on leur demande de bouger le plus possible et on les aide à être mobile.

L’important est d’intervenir le plus tôt possible, soit dès l’obtention d’un diagnostique. Les patients sont donc prit en charge et un programme d’activité physique leur est offert afin d’optimiser leur condition physique, qui a des bénéfices énormes sur la santé mentale et physique.

Ça permet à ces gens de réduire leur stress et de rencontrer des gens qui sont, ou pas, dans la même situation qu’eux.

Daniel : Pouvez-vous nous parler de vos recherches sur les immunosupprimés?

Isabelle : Absolument! Le tout s’appelle Projet Laurent.

Laurent est un garçon qui a subit une double greffe du foie et qui est immunosupprimé. Il a plusieurs chiens et chats et ils est très près de ceux-ci. Or, avec sa maladie, on lui a conseillé de se départir de ses compagnons par risques de transmissions de maladies, les zoonoses par exemple. Sa maman, qui est également vétérinaire, était un peu sceptique à l’idée et a décidé de se renseigner : le Projet Laurent est né!

Nous sommes donc un groupe de professionnels qui se penchent sur les bénéfices des animaux de compagnies, les habitudes de vie, la santé mentale, vs les risques de zoonoses. Pour l’instant, on pense et on souhaite que les bénéfices dépassent les risques.

Si on se tourne du côté de la Covid, on a voulu documenter l’impact du virus sur la santé mentale des gens immunosupprimés, mais également sur les gens avec des animaux de compagnie. On observe que ces derniers ont beaucoup moins diminués leur pratique d’activité physique pendant la Covid. C’est donc super intéressant de savoir que les animaux de compagnie ont été protecteurs au niveau de la santé mentale et des saines habitudes de vie.

Daniel : Sachant que vous êtes également épidémiologiste, quel est votre opinion sur les mesures reliées à l’activité physique qui ont été prises pendant la Covid (la fermeture des gym, l’arrêt des sports, etc.).

Isabelle : Il est difficile de se prononcer puisqu’on pouvait uniquement évaluer l’impact des mesures prises après coup, selon l’évolution de la Covid. Chose certaine, je pense qu’on a compris un peu trop tardivement l’importance du sports et de l’activité physique en contexte de pandémie : c’est malheureusement devenu une priorité tardivement.

Pour les salles de musculation, c’est très sensible comme sujet. À mon avis, les espaces fermés et très peu controlés justifiaient les mesures du gouvernement. Je crois par contre qu’on aurait du développer des initiatives beaucoup plus importantes qui auraient permis la pratique d’activité physique dans des contextes plus sécuritaires. Se ré-approprier nos espaces verts, ou encore utiliser les cours d’école, par exemple.

Daniel : En terminant, comment peut-on suivre vos projets?

Isabelle : Pour les gens qui sont intéressés par le volet recherches, je vous invite à faire un tour sur ma page Facebook qui exposent une foule de projets de recherches effectués par mes élèves ainsi que par moi.

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