On est au kilomètre 32 du Trail du Grand-Duc. Il fait froid, il neige, tu boites et tu saignes un peu. Tu arrives tranquillement et tu m’annonces ta décision : tu ne finiras pas cette course, tu veux retourner à l’accueil en voiture.
Pourtant, tu es correct. Tu es arrivé au ravito avant le »cut off » et tu serais probablement en mesure de rejoindre l’arrivée en boitant dans les temps limite.
Toi, tu penses peut-être que je considère que tu abandonnes.

Sauf que moi, je considère que tu as pris une décision rationnelle et que c’est la bonne décision, pour le bien de tous, pour notre organisation, mais surtout, pour ta santé.
En arrêtant ici, tu réduis les chances d’empirer l’entorse que tu t’es fait à la cheville en descendant le sentier Les Loups. Oui, c’est encore tolérable parce que ton corps est rempli d’hormones de stress , mais quand tu vas arriver chez toi, ta cheville va enfler et tu auras de la difficulté à marcher pendant 3-4 jours. Ta cheville va te remercier et tu pourras recommencer à courir beaucoup plus rapidement.
Je te remercie aussi parce que tu prends moins de risque de cette façon. Si tu avais continué et que tu t’étais foulé la cheville de nouveau, il aurait probablement fallu aller te chercher. On est prêts pour ça, mais mobiliser beaucoup de ressources pour un accident qui aurait pu être évité, c’est dommage.
Évidemment, je t’aurais souhaité que ça se passe autrement. Qu’il fasse un peu plus beau, que tu arrives avec un peu plus de volume dans les jambes et surtout, que tu ne trébuches pas sur cette roche glissante dans la descente. Ça aurait évité bien des soucis à tout le monde et tu aurais eu une bien meilleure journée.
Mais sache une chose, je ne trouve pas que d’abandonner dans ces conditions c’est lâche. Au contraire, c’est une preuve de courage et d’intelligence.
Alors oui, ça va me faire plaisir de te ramer en »pick-up », de mettre le chauffage au max (même si j’ai déjà super chaud), de te fournir une couverture de survie et de te donner ton lunch bien chaud.
Je te laisse à l’accueil et ta blonde, qui était inquiète de te voir terminer si lentement la dernière section est soulagée de te voir arriver.
J’espère te revoir l’an prochain et ne pas avoir à te ramener en camion cette fois!
