Alexandre Saint-Jalm se fait trimer

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Alexandre Saint-Jalm est l’homme derrière Trimes.org, la référence en triathlon compétitif au Québec. Alexandre a interviewé (trimé) plusieurs athlètes de haut niveau en triathlon et il a bien voulu se prêter au jeu lui-même ici sur Course à pied.ca.

Raconte-nous un peu tes débuts. Comment a débuté ta carrière en triathlon et ta carrière de fondateur de Trimes?

C’est une longue histoire. J’ai vécu mon enfance à Verneuil sur Seine en France. Durant ma jeunesse, même si j’ai surtout pratiqué le golf en élite jeune, j’ai toujours eu une fascination pour le sport d’endurance et j’avais besoin d’essayer un jour… surtout que le triathlon des Mureaux, l’un des premiers en France, passait en face de chez moi et que je suis né à Poissy, soit la Mecque du triathlon en France, alors j’ai toujours eu cette envie en moi. Ce n’est pourtant qu’à l’âge de 30 ans que j’ai vraiment décidé d’essayer, j’étais le workaholic classique que l’on peut croiser dans les agences de pub. Un jour j’ai décidé que je ne pouvais plus tout donner à une job dans un milieu de requins. En changeant d’emploi, le sentiment d’avoir des journées trop remplies me manquait, c’est un paradoxe. En voyant Simon Whitfield gagner sa médaille d’argent lors des Olympiques a été pour moi l’élément déclencheur.

Pour Trimes, pour être honnête, ce projet-là n’est pas parti avec une énergie positive. Étant français, on a une culture très différente du sport, même si le foot prend trop de place, le sport d’endurance et l’athlète sont très valorisés et ont une grande place dans la société. Il y a un meilleur respect face à l’effort, je suis dans la génération Eurosport où tous les sports dit amateurs ont leur place… Je sais que certains me contredisent là-dessus, mais je me force à croire que j’ai raison. En faisant du triathlon, je cherchais la compétitivité que je ne trouvais plus à mon travail. La réalité est la suivante, on veut tous le meilleur, le sport pour moi c’est la même chose, je veux me pousser à être le meilleur, vivre à fond. Malheureusement, souvent dans les clubs de triathlon, ceux qui cherchent l’excellence ne sont pas toujours appréciés. Le participatif se sent dévalué par les performances du compétitif – Attention, cela ne signifie pas que le compétitif est supérieur!

En vivant cela, je me suis rendu compte à quel point on ignorait nos jeunes et les compétitifs, alors trimes.org est parti en croisade sans vraiment savoir ce que je voulais… Tout au début c’était un blog personnel que je voulais utiliser pour parler de ma participation au championnat du monde de demi-Ironman. Assez rapidement, je me suis rendu compte que je ne m’aimais pas parler de ma propre personne. Alors, j’ai décidé de partager un savoir, des expériences, des conseils. Malheureusement, au Québec, on a une mentalité ou on garde tout pour soit. Les coachs sont encore frileux à partager. À force on a découvert qu’on n’était pas les seuls à penser tout cela… et on s’est fait prendre au jeu.

De quoi es-tu le plus fier par rapport à tes performances et à ton blogue? D’un autre côté, est-ce qu’il y a des posts que tu regrettes?

Pour les posts, je dois avouer que j’ai souvent eu l’impression qu’en m’exprimant librement, certains allaient vraiment me détester parce que je prends souvent la parole pour une minorité silencieuse et finalement, la réception a toujours été bonne. Un exemple parfait est ma relation avec triathlon Québec, j’ai été très dur avec eux dans les débuts du blogue mais il y a eu un dialogue et beaucoup de choses ont changé. Aussi nos perceptions ne sont pas toujours justes puisqu’on n’a pas toujours tous les éléments. Il est difficile de pointer vraiment un post, je dirais plutôt que certains posts sont douloureux puisque je sais qu’ils vont déplaire à je me demande parfois si cela en vaut vraiment la peine.

La vraie fierté que j’ai dans ce blog n’est pas en rapport à ses performances mais bien à l’impact qu’il peut avoir. Un jour, Laurent Vidal, qui a terminé 5e aux Jos de Londres en triathlon, m’a envoyé un email voyant que j’étais en réflexion sur Trimes, il m’a dit que c’était le seul blogue sur le tri qu’il lisait et qu’il ne fallait pas abandonner. Cela exprimait une reconnaissance de l’élite. On voit aussi que malgré qu’on publie en majorité en français, cela n’arrête pas l’élite canadienne d’essayer de nous déchiffrer. J’imagine que cela prouve qu’on a une certaine pertinence et qu’on aborde certains aspects du sport d’une manière qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Cela peut paraître prétentieux, mais c’est le cas, et j’en suis très fier.

Aussi, le retour que je reçois des jeunes qui recherche justement l’excellence est très encourageant, ce sont d’ailleurs eux qui me le rendent le mieux et c’est pour cela que Trimes continuera à parler de sujet qui n’intéresse qu’une certaine élite. Je dois avouer que c’est eux qui me font continuer le projet, surtout qu’il est tout sauf rentable!

Tu en as déjà parlé un peu, mais qu’est-ce que tu trouves différent entre le Québec et la France au niveau du triathlon? Y a-t-il des structures, des habitudes, des attitudes que tu trouves qu’on devrait améliorer?

Cela peut paraître ironique, mais je connais très peu le triathlon français. J’observe tout cela à distance en regardant comment ils abordent certains dossiers. Mon expérience vient surtout de mon enfance. Ce qui est certain, c’est que le Québec souffre du fait qu’il y a peu de pratiquants et du fait que les médias sportifs sont centrés sur les sports qui sont les plus faciles pour eux à couvrir, toujours ce manque de moyens. Il est plus facile de rediffuser un match de la NFL que de retransmettre un marathon canadien… Résultat, un coureur comme Cam Levins est un total inconnu ici.

Ce manque de visibilité ne permet pas de valoriser nos elites et par le fait même, le sport amateur reste dans sa niche… Lorsqu’un athlète réussi, le sentiment général est souvent que c’est incroyable qu’il gagne malgré le peu de ressources. Je représente des athlètes, et je dois avouer que j’ai toujours été déçu par la difficulté à obtenir de l’aide alors que ces jeunes-là compétitionnent dans des Coupes du monde. En France, les athlètes reçoivent plus d’aide, plus de respect. C’est aussi possible que ce soit moi qui idéalise tout cela.

Je me rappelle aussi que le sport en France est très bureaucratique et les structures paraissent très lourdes, il y a des règles pour tout. Avec le temps, je me rends compte que les structures sont beaucoup mieux pensées parce qu’ils sont déjà passés par certaines problématiques, le fameux héritage… Un exemple parfait est le sport dans les écoles. En France, il est introduit dans les écoles rapidement et tout est fait pour qu’il soit le plus accessible possible… Au Québec, on a besoin de la fondation Pierre Lavoie et de faire rentrer le privé pour faire bouger nos jeunes.

Mais rassure toi, il y a aussi des bons côtés au Québec, le sport est beaucoup plus ouvert et moins intimidant, le coté ultra compétitif des français où tout le monde veut être le meilleur est rapidement usant…

Je crois vraiment que le Québec a des acteurs incroyables dans le sport amateur et je crois que le sport québécois se portera mieux quand on saura mettre en valeurs ses athlètes et pour obtenir cette culture, il faut obligatoirement avoir des médias qui font ce travail. Présentement, il y a des blogueurs comme ton site qui écrivent du contenu de qualité. Malheureusement, on est tous un peu dans notre coin et on est donc difficilement trouvables.

La question qui tue (les lumières se ferment) : dans lequel des 3 sports es-tu le meilleur et est-ce que c’est ce sport que tu préfères?

Le sport où je suis le meilleur est le vélo parce que c’est une discipline qui retransmet très bien ta volonté, alors le volume est forcément payant. Alors que la natation ou la course à pied sont des sports très techniques. J’ai des excellents résultats qui traduisent bien ma folie à faire beaucoup d’hometrainer! J’imagine mal quelqu’un en faire plus!

Mon sport préféré demeure la course à pied, parce qu’il ferme la course et que tout se joue à ce moment, mais aussi parce que j’aime beaucoup plus le milieu de la course à pied. Il y a beaucoup moins de bling bling. J’ai essayé la course en ligne en vélo, on m’a fait tombé au troisième tour, personne ne s’est arrêté, c’est chacun sa peau. En course à pied, tu cours pour un temps, pour cette sensation d’avoir tout donné.

Pour terminer, quels sont les projets de Trimes dans le futur? Est-ce que tu as un plan? Qu’est-ce que tu voudrais faire au niveau du triathlon?

C’est une question que je me pose très souvent, tant que les journées ne passeront pas à 30h par jour (minimum), je crois que je vais continuer à être très bipolaire sur ce sujet. Donc je me questionne souvent Trimes doit continuer… ou pas!

On a remarqué que même si la fréquentation du site continue à augmenter, on est déjà face à une saturation venant du Québec. C’est certain qu’on voudrait mieux faire les choses, mais notre seul carburant est notre motivation et notre passion puisque le site n’a aucun financement alors c’est difficile de passer à la prochaine étape. Cela est vraiment frustrant parce qu’il existe des individus que je voudrais vraiment pouvoir lire sur Trimes… Malheureusement, on est tous très occupé, et la perspective d’écrire bénévolement pour Trimes ne séduit pas sur le long terme.

Dans mon cas, quand tu es un jeune papa de 2 enfants, tu as une job, des entraînements… et vu que tu veux être le meilleur dans tout, il y a forcément un moment où cela coince et en résulte un questionnement. La problématique actuelle est que je dirige un peu Trimes tout seul et que j’aimerais que la publication soit plus collective et donc moins dépendante que moi.

Alors oui, il existe un plan pour que Trimes soit encore plus complet et tout, mais cela demeure impossible sans aide extérieure parce que c’est impossible pour moi d’en donner plus.

Je me questionne souvent sur le retour face à mon investissement. Trimes me permet d’avoir une crédibilité et une influence et forcement il y a des opportunités à être plus directement lié aux élites qui se sont créées. Et en ce moment, j’ai surtout comme objectif d’écrire un livre sur un sujet global qui est vraiment destiné aux lecteurs de Trimes.

Un mot de la fin?

Je tiens à dire que même si je sonne un peu négatif sur certains aspects, c’est un milieu qui est très ouvert et il existe une règle d’or qui est… Il y a des personnes qui prennent la critique et agissent et il y a ceux qui la refusent et l’ignorent. On évoque souvent l’idée d’une petite clique, mais sur le terrain j’ai observé une communauté très ouverte. Le succès relatif de Trimes vient avant tout grâce aux personnes qui me font confiances et m’ont donné la parole… Alors j’encourage le monde à s’impliquer. Le sport d’endurance a besoin de gens passionnés non-calculateurs.

 

Merci Alex de contribuer au développement du sport amateur avec Trimes.org!

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