En forme par procuration : quand suivre des influenceurs remplace L’ENTRAÎNEMENT

Je vais dire une chose qui ne va pas plaire à tout le monde : scroller des comptes de coureurs et coureuses n’a jamais transformé personne. Et pourtant, c’est insidieusement devenu une façon de vivre l’activité physique par procuration.

Regarde autour de toi. Tu reconnaîtras certainement une personne qui consomme un de ces contenus :

  • Suivent religieusement des influenceurs fitness
  • Prend en note les recette santé dans ses favoris
  • Pleurent presque devant une vidéo de transformation « avant/après » du style qui perd gagne
  • S’émerveillent devant un autre Défi Strava
  • Ressentent un frisson en regardant quelqu’un gravir l’Everest

Sauf que tout ce contenu ne se transforme pas en action, au contraire.

En vrai, c’est pas pire que de regarder la soirée du hockey religieusement, mais ce n’est pas mieux non plus.

Je ne suis pas meilleur que toi, je pèche aussi régulièrement en regardant des petits vidéos motivants.

Cela a certainement sa place dans une vie équilibrée.

Par contre, le problème c’est que c’est facile de perdre l’équilibre et de tomber dans la surconsommation de vidéos motivants et la sous-consommation de ces entraînements.

Five climbers silhouetted against a snow-covered mountain range, each holding an ice axe.

L’émotion comme substitut à l’effort

La psychologue Gabriele Oettingen a passé plus de vingt ans à étudier ce mécanisme en laboratoire, à NYU. Sa conclusion, résumée dans son livre Rethinking Positive Thinking, est contre-intuitive : ressentir intensément l’émotion d’un accomplissement — même celui de quelqu’un d’autre — détend le corps et l’esprit presque comme si l’objectif était atteint. Le cerveau ne fait pas toujours la différence entre vivre un dépassement et regarder quelqu’un d’autre le vivre à ta place.

C’est exactement ce que le contenu fitness sur les réseaux exploite, souvent sans le savoir.

Chaque vidéo de transformation, chaque « day in the life » d’un athlète, chaque séance de renaissance filmée en slow motion avec la bonne musique procure une vraie décharge émotionnelle. On ressent la fierté, la discipline, le courage, par personne interposée. Et cette décharge émotionnelle, aussi réelle soit-elle, peut calmer la tension qui, normalement, nous pousserait à aller s’entraîner nous-mêmes.

On se sent inspiré. On se sent proche du monde du fitness. Mais on n’a rien fait bouger d’autre que son pouce sur l’écran. Ce qui devrait être l’étincelle vers un entraînement en devient son remplacement sédentaire.

Two climbers in red jackets reach each other on a rocky mountain summit against a cloudy blue sky.

Ce que la recherche propose à la place

Oettingen n’est pas arrivée à cette conclusion pour démolir l’inspiration — elle est arrivée là pour la corriger. Sa méthode, développée avec le psychologue Peter Gollwitzer et connue sous le nom de contraste mental avec intentions d’implémentation (MCII, popularisée sous l’acronyme WOOP), fonctionne en quatre étapes :

  1. Wish (souhait) : nommer l’objectif concrètement (pas « être en forme », mais « m’entraîner trois fois cette semaine »).
  2. Outcome (résultat) : visualiser le meilleur résultat si cet objectif est atteint.
  3. Obstacle : identifier honnêtement l’obstacle interne principal — pas la météo, pas l’horaire chargé, mais ce qui, en toi, te fait remettre la séance.
  4. Plan : formuler un plan « si… alors… » pour répondre précisément à cet obstacle au moment où il se présente. (« Si je rentre du travail et que je pense être trop fatigué pour m’entraîner, alors je mets mes vêtements de sport avant même d’ouvrir mon téléphone. »)

La différence avec la vidéo inspirante est justement ce contraste : on ne s’arrête pas à ressentir l’émotion du dépassement, on la met en tension avec l’obstacle réel qui nous sépare de notre propre séance. C’est cette tension, plutôt que le confort de l’émotion empruntée, qui semble déclencher le passage à l’action.

Les résultats ne sont pas anecdotiques. Une méta-analyse de Gollwitzer et Sheeran portant sur 94 études a mesuré un effet moyen à élevé des intentions d’implémentation sur l’atteinte d’objectifs. Dans un essai sur l’activité physique, les adultes ayant suivi la méthode MCII étaient deux fois plus actifs quatre mois plus tard que ceux ayant simplement reçu de l’information, le genre d’information qu’on retrouve, justement, dans un fil de comptes fitness.

Ce que ça change concrètement

La prochaine fois qu’une vidéo de transformation te donne des frissons, prends ça comme un signal, pas comme une fin en soi. Ne t’arrête pas à l’émotion, utilise-la comme point de départ pour nommer ton propre obstacle, celui qui t’empêche, toi, d’aller bouger. Puis prépare une réponse précise à cet obstacle, sous forme de « si X arrive, alors je fais Y. »

Ce n’est pas glamour. Ça ne se filme pas bien pour les réseaux. Mais c’est probablement plus proche de ce qui fonctionne réellement que la prochaine vidéo de transformation que tu regarderas ce soir.

Le fitness, tel qu’il est consommé aujourd’hui sur les réseaux, nous a bien appris à ressentir le dépassement de soi. Il est temps qu’il nous apprenne aussi à le vivre, chacun à son échelle.

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Daniel Riou Directeur général
Directeur général du Groupe Défis, fondateur du Défi Entreprises et co-fondateur d'Altterre. J'adore tout ce qui touche l'activité physique et la santé globale. Détenteur d'un baccalauréat en Kinésiologie de l'Université Laval Diverses formations par La Clinique du Coureur Programme Émergence de l'École d'Entrepreneurship de Beauce Programme National de certification des entraîneurs Niveau 2 en badminton Programme National de certification des entraîneurs Niveau 1 en haltérophilie

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