La plus belle course de ma vie

Tout débute très tôt en fin de nuit. Le ciel est pastel et mon corps bien reposé. J’ouvre les yeux comme on ouvre la bouche quand on braille baille. Je suis heureux et au ralenti. J’aborde ce qui s’en vient comme une des plus belles aventures de ma vie. J’ai chaud mais pas trop. Juste assez pour ressentir ma géolocalisation. Je suis au chaud et ça sent l’océan.

J’attends cette course depuis des années et des heures. Je n’ai qu’une chose à faire après tous ces moments de visualisation et de préparation. Je n’ai qu’à courir 42,2 km.

Tout mon corps est fusion, à Rimouski Carmel-by-the-Sea, en ce mois d’anniversaire pour moi. Toute ma tête est remplie. Je suis sans mot devant les objets qui l’entourent (ma tête). L’appartement loué sur Airbnb m’offre le confort et la vue que je souhaitais avant mon départ. 

Le parcours m’attend. Une route longeant l’océan me permettra de connaître de nouveaux états d’esprit. Je m’inventerai un nouveau rythme, qui lui, sera marié au temps sur pause. Je vais courir pour moi. Seulement pour moi. 

Hier j’ai croisé la 9e, la 10e, puis la 11e avenue alors que je marchais pour le plaisir. Entre le McDo Sunset Center et le Centre Vidéotron l’avenue San Antonio, il y a un monde de couleurs invité à écrire des souvenirs dans ma tête et mon être. C’est enivrant, FOU, invitant et surtout reposant. J’ai le sourire facile pour chaque personne que je croise. Je leur parle, leur pose des questions. Mon implication sociale dirige mes jambes et mon GPS est fermé. 

500 mètres me séparent de la ligne de départ du Big Sur International Marathon. 46 ans me séparent de ma naissance et de mon premier voyage en Californie. Je ne vais pas revivre cette journée une deuxième fois, je le sais. J’en profite. Je vole. Juré, c’est VRAI.

La charrue passe dans le ciel, et je descends lentement.

Je sais, tu dois difficilement me croire, mais c’est vrai. Je vole. Mes 2 premiers kilomètres se passe à 15, puis 30 pieds du sol. Incapable de redescendre, je plane sans peur ni tempête de neige. Je pense au Québec et au temps froid. Je pense à ceux qui ne mangeront pas aujourd’hui, dans un pays malmené par un karma sans cœur. Je réfléchis aux frontières et aux murs, aux collations des enfants, que j’ai oubliées de faire avant de partir, et à la fin de saison du Canadien. J’ai des réflexions sur la légalité de mon déplacement, car mine de rien, je me suis retrouvé rapidement en première position… En volant comme un oiseau.

Je n’ai pas d’inquiétude en lien avec le fait que je vole à 30 pieds dans les airs, mais j’en ai suite au constat de me voir devant tous les autres coureurs à mon troisième marathon à vie. La vue est à couper le souffle. Je longe la côte de Big Sur à Carmel. Je découpe le vent comme un oiseau le ferait et je survole les collines. La vue superbe sur l’océan Pacifique se transforme en source d’inspiration sans limite. Une toile. Une oeuvre. Ma tête est un film, mes yeux sont des objectifs et mon coeur est un ascenceur.

Ai-je besoin de vous dire que c’est la plus belle course de ma vie?

Puis j’aperçois cet homme au beau milieu de la route, jouant du piano.
Le son absorbe tout le reste. TOUT, ou presque.
Je me pose…………. et sur la pointe des pieds, je m’approche.

Je ne peux plus parler. J’entends la mélodie. C’est Ellipse, d’Alexandra Stréliski.
Tout ça, au beau milieu de la route, en Californie.
C’est fou. C’est doux. C’est bon.

L’escalier rouge et blanc de l’avion, qui m’emporte chaque nuit… En Californie, en Californie, in California!

Puis je me réveille, j’ouvre les yeux. Je suis chez moi, couché sur le dos, loin de l’ouragan Point. Je constate que tout ça n’était qu’un RÊVE. Je ne sais pas si je réussirai un jour à voler mais je sais qu’un jour, je vais y aller … En Californie.

J’ouvre le volume de mon réveille-matin, et je chante très fort CALIFORNIA, avec Charlebois:

Je t’ai cherché à mon réveil
Où étais-tu? Il ventait fort dans mes oreilles
J’achèterai le camion blanc
Qui nous emportera au printemps
En Californie, en Californie…

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