Lettre à Robert (intimidateur)

On sait tous que les coureurs aiment parler de course à pied. Peut-être trop. Ils aiment sentir qu’ils influencent l’entourage, car ils sont persuadés que c’est positif pour tout le monde. Souvent les coureurs ont la fâcheuse l’habitude de raconter, d’attirer l’attention des autres, par leurs exploits, leurs anecdotes drôles ou étonnantes.

Mais quelle est la perception au sens large des gens en lien avec la course?

Comment voient-ils ça?

La seule fois où j’ai triché à l’école, c’est lors d’un exercice de course en devoir, au secondaire. Je détestais le jogging. Je n’ai pas voulu faire la distance de 4 km à la maison et j’ai noté un temps impensable (14 minutes, je me souviens) en me débarrassant du défi et surtout, en pensant que l’éducateur physique n’y verrait rien d’anormal. Cet homme faisait peur. Sa grosse voix et sa façon de dénigrer quelques élèves nous a rapidement fait comprendre la définition de condescendance. Robert (le nom de l’éducateur) m’a demandé devant toute la classe si j’avais bel et bien couru un 4 kilomètres ce weekend en 14 minutes. J’ai répondu timidement «Oui, Monsieur Robert». Il m’a applaudi et m’a annoncé que j’allais représenter l’école aux prochains Jeux du Québec en Abitibi. J’ai dû tout avouer afin de ne pas perdre la face davantage. J’adorais Je détestais la course à pied, autant que le boudin ou le lait chaud au riz de Grand-maman. Pour me punir, monsieur Robert m’a fait courir 3 km à chaque début de cours d’éducation physique et ce, pour le reste de l’année scolaire. Je détestais la course à pied. C’était, selon moi, associé à une pénitence jusqu’à la fin de ma vie.

Une vingtaine d’années plus tard, je courais mon premier marathon.
Je n’ai jamais repris contact avec Robert.
Sans oublier ce qui s’est dit et fait, je lui ai pardonné ses moments d’intimidation.

Dernièrement j’ai jasé de cette expérience avec des jeunes adolescents et je trouvais intéressant de pousser mon sondage un peu plus loin en prenant des notes. #voxpop. Voici un résultat de ce qui sortait spontanément de la bouche de futurs adultes.

C’est quoi, pour toi, la course à pied?:
(prénoms fictifs)

Martin, 16 ans
Je n’aime pas ça. Je n’ai pas d’objectif clair. Je n’ai pas de but à être essoufflé. J’trouve ça un peu cave de courir un peu dans l’vide.

Ludovic, 17 ans
Tu ne peux pas gagner à la course. C’est poche. Quand je fais du sport, j’veux gagner ou au moins essayer.

Magalie, 16 ans
Je le fais uniquement pour être en santé et être en forme. Sinon, je ne le ferais pas. C’est une infirmière de l’école qui m’a dit que c’était bon pour la santé.

Tommy, 17 ans
Il fait froid l’hiver. Je ne comprends pas pantoute les coureurs.

Éloïc, 18 ans
Souvent les coureurs doivent bien manger et ça ne m’intéresse pas. J’ai juste une vie à vivre.

Alexis, 16 ans
C’est dull quand on entraîne juste le bas du corps. J’aime mieux faire des poids ou du crossfit.

Éric, 15 ans
C’est plate, c’est long et inutile. On fait ça à l’école et j’vois aucun but.

Jordan, 17 ans
C’est un moyen de se détendre. J’aime ça car je pense à rien.

Olivier, 15 ans
Ils m’énervent car ils courent dans la rue. Pas rapport en plus. Ils ne se tassent pas. Moi j’aime la gang et les sports d’équipe.

Judith, 16 ans
Les coureurs semblent dévoués. Je les admire. Mais c’est pour les vieux.

Félix, 17 ans
J’aime ça car ça me rend meilleur au hockey. J’ai plus de cardio. C’est tough mais après j’me sens bien.

Elliot, 15 ans
J’aimerais avoir la motivation, mais je ne l’ai pas. Ce sont des motivés, mais désolé c’est un sport de personnes seules.

Marguerite, 17 ans
C’est un moyen de se détacher de la vie. Ça enlève le stress et mon anxiété.

Dominique, 16 ans
J’aime ça bien me sentir et être meilleur dans tous les sports. J’me sens vraiment bien après la course, je ressens une certaine fierté et ça me donne de la bonne humeur. C’est difficile à expliquer. J’suis fier aussi de dire que je fais du jogging à mes chums.

Donavan
Je cours pour éliminer les calories que je prends au McDo. Ah ah. J’mange souvent d’la junk. J’veux pas devenir gros.

————

#voxpop terminé 

Voici une quinzaine de jeunes qui étaient très heureux de répondre à cette simple question. J’me suis tout de suite rendu compte qu’on devrait s’intéresser aux autres plus souvent. On devrait écouter et discuter, entre générations. J’espère que Robert (éducateur physique) lira cette lettre. Elle est pour lui. S’intéresser aux jeunes lui aurait permis de les rendre beaucoup plus réceptifs et ouverts.

Ceci constaté et ceci écrit, je vous invite à vous poser cette même question.
C’est quoi, pour vous, la course à pied?

Bonne réflexion!

7 réflexions au sujet de “Lettre à Robert (intimidateur)”

  1. J’étais comme ces jeunes à leur âge j’ai commencé à courir à 52 ans quand je cours je me sens libre je me sens jeune et ça m’enlève beaucoup de mon anxiété et en plus on peut courir n’importe où juste une paire d’espadrille et voilà on court merci de me permettre de m’exprimer.
    J’ai 59 ans aujourd’hui et j’ai toujours le goût de courir! ❤️

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  2. Quand je jouais au soccer et que l’entraîneur voulait nous punir, on faisait des tours de terrain. Alors à ce moment là, j’avais pas une belle relation avec la course. 25 ans plus tard et 5 marathons plus tard, mon avis a complètement changé.

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  3. Course à pied……en cette veille ce Noël, si je fait le bilan des 3 dernières années, (ça fait 3 ans que je cours ) je dirais que c’est un « vide tête ».
    Un moment pour moi, juste pour moi, où je n’ai pas à me préoccuper de personne ni de rien…..c’est un cadeau, de moi à moi. Un moment où je pense à moi!
    Joyeux Noël à tout les coureurs! « Pace » du bonheur, absence de blessures, et plaisir pour tous!

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  4. Super article !
    J’aime bien l’idée du vox pop… Que du vrai, «uncensored». Et j’aime encore plus la réflexion qui suit.

    De mon côté, j’ai eu des profs d’éducation physique extraordinaires, du primaire au Cégep.

    Merci à Jocelyn, prof d’éduc au primaire (école Sainte-Mathieu), qui, malgré mon surpoids et mon incapacité à courir plus de 20 mètres, a jugé bon de me donner une des quelques places disponibles pour participer au Cross-Country de la commission scolaire. J’ai failli mourir, je crois. Mais j’étais fière… même si je suis arrivée dernière. Je me rappelle encore que tu étais là, à l’arrivée, avec ta cloche pour me féliciter autant que tu l’avais fait avec le grand gagnant. Jocelyn, t’as changé ma vie tsé !

    Merci à tous les profs d’éduc extraordinaires de l’École Secondaire de Rochebelle. Pour la variété, pour l’accent sur le plaisir, pour le club de plein air, le club de course du midi avec les profs… le droit de rentrer dans le bureau des profs d’éduc !!! (Hi que je les trouvais donc beaux !). Merci tout spécial à Pat Bou, prof d’éduc, coach de basket… et mon pilier pendant ces années si turbulentes qu’ont été celles de mon adolescence ! T’as orienté ma vie, tu m’as donnée les racines et les ailes dont j’avais besoin. Pis j’ai pas pire réussi tsé ;).

    Merci aussi à Mike Labadie de Saint-Lawrence… pour avoir été un exemple de passion.

    Bref… j’ai eu de la chance il faut croire :).
    Et pour la réflexion… ben je dirais que je suis un mélange de Donavan ( eh oui… je cours pour manger et non l’inverse !), de Marguerite (ça gère bien le TAG la course en effet) et de Judith… sauf que je suis maintenant «vieille», donc la course, ça me parle 😉 !!

    Bon plaisir à tous !
    Cathbro

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