Quand performance rime avec plaisir

Il a été couronné Champion du monde de marathon chez les 35 ans et plus à Lyon en 2015. Il a parcouru des milliers de kilomètres au pas de course depuis ses débuts en 2007. Christian Mercier est un coureur d’élite pour qui la course à pied est avant tout une question d’équilibre… et de plaisir. Rencontre avec un coureur inspirant. 

À 45 ans, Christian Mercier est rapide. Très rapide. Je l’ai croisé l’automne passé lors du Marathon SSQ de Québec. J’en étais environ au 8e km de mon épreuve de 10 km lorsque j’ai aperçu les motos de police qui escortaient les premiers marathoniens, qui rejoignaient, en sens inverse, le parcours du 10 km. Je l’ai reconnu au loin. Je l’ai regardé foncer et je n’en revenais pas de voir sa vitesse, sa concentration, sa détermination dans chaque foulée. Cela avait l’air si facile… Ce jour-là, il est monté sur la 3e marche du podium, avec un temps de 2h32. C’est un pace moyen de 3 minutes 30 secondes le kilomètres, ça… soutenu, pendant 42.2 km… Impressionnant! 

Je connaissais déjà Christian un peu, parce que nos deux filles ainées se sont côtoyées et liées d’amitié pendant quelques années lorsqu’elles étaient à l’école primaire. Je savais qu’il courait à un haut niveau mais je n’avais jamais vraiment réalisé tout ce que cela impliquait. Lors d’une entrevue télévisée, diffusée le soir du marathon, il a eu des propos qui ont piqué ma curiosité. Il a dit « Oui, je suis vraiment content de monter sur le podium aujourd’hui, dans ma ville, devant ma famille, mes amis et Québec c’est tellement beau comme parcours! Je suis content de ma performance mais surtout j’ai eu du fun à l’entraînement, on était une belle gang, j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir dans ma préparation. » Et c’est là que ça m’a frappée.

Je me suis dit : Quoi? Il a eu du plaisir à s’entraîner? 

Il me semblait, de mon point de vue de néophyte et d’amateur, que les athlètes d’élite, les crinqués, ça visait la performance à tout prix. Que la performance n’était atteignable qu’au bout de plusieurs sacrifices (vrai!), de souffrances, mais pas nécessairement dans un état de plaisir. Alors je lui ai proposé une rencontre pour qu’il m’explique comment ce fameux plaisir entrait dans l’équation. 

Le processus 

Nous nous sommes donc rencontrés par un froid et venteux samedi matin de janvier. Il revenait d’un « petit » 2 heures de course à -25 degrés. Entre son emploi à temps plein, sa vie de famille avec sa conjointe, Julie, et ses deux filles, il trouve et surtout il prend le temps de courir une moyenne de 200 kilomètres par semaine. C’est donc 10 à 12 sorties de course hebdomadaire. 1 à 2 sorties par jour. 2 heures de course par jour. La plupart du temps il court seul, mais parfois avec des amis ou des collègues, avec qui il partage ses trucs. Un moment particulier pour courir? « Non, c’est variable. J’organise mes sorties selon l’horaire de la famille, c’est super important. Parfois c’est dehors, parfois c’est sur mon tapis roulant. Faut planifier, parce que la course, les entraînements, il ne faut pas que cela se fasse au détriment de la famille. Faut que ça fitte. Il doit y avoir un équilibre aussi. Même en vacances, je cours à tous les jours. » 

Pour Christian, la course s’est pointée sur le tard. Il a toujours été sportif et en 2007, âgé de 33 ans, il s’inscrit à un marathon, puis il découvre lors de ses entraînements qu’il en ressent un très grand plaisir. 

Il m’explique que pour être un coureur de son niveau, il faut que tu aimes le processus. Au fil du temps, la course est devenue sa passion. « Il faut que tu aies du plaisir, sinon tu ne peux pas t’investir autant… 2h par jour, tous les jours de la semaine, faut que tu aimes ça. » Quand je lui demande si cela lui arrive de ne pas avoir le goût de sortir s’entraîner, il me répond sans hésiter, avec un sourire : « Ben oui! Haha! Ça c’est certain, des fois, ça ne me tente pas… en fait, chaque semaine il y a des moments où ça m’arrive, mais j’y vais quand même, parce que ça prend de la discipline aussi! » Humble et terre à terre, Christian me dit même que ce n’est pas si extraordinaire de trouver le temps de courir 2 heures par jour. Pour lui c’est la course, pour d’autres ce sera la musique, le dessin, le tricot, c’est tout! « L’idée c’est que si vous voulez être bon dans ce que vous faites, faites-le! Investissez-vous, mais dans le plaisir. »

« La course, c’est un sport d’endurance. Faut que tu te donnes le temps d’aimer ça. Le problème, c’est que les gens qui commencent la course à pied, souvent ils veulent trop. Trop fort. Trop tôt. Trop vite. Ils se mettent de la pression et ils abandonnent parce qu’ils ne se donnent pas le temps de progresser. » Leçon # 1 : être patient.

Démocratiser la course à pied

Commandité par Mizuno et ambassadeur pour Le Coureur Nordique, Christian insiste pour dire que la course est un sport démocratique accessible à tous, peu importe l’âge ou le niveau de forme physique. Il apprécie les événements qui rassemblent plusieurs niveaux de coureurs, lui qui est pourtant un habitué des circuits réservés aux meilleurs. Il a d’ailleurs fini 2e dans la catégorie Masters au Marathon de Boston il y a quelques années. 

Alors que pense-t-il des coureurs lents, de ceux et celles qui font des intervalles? « Tu cours? T’es un coureur. Moi je cours vite, mais c’est une progression, je suis rendu là. » Et là, il m’a dit quelque chose d’important, que j’ai trouvé très inspirant et respectueux venant d’un coureur de son niveau. Il m’a dit « Toi, si tu fais un 5, un 10 km ou un demi, peu importe, tu le fais avec la forme que tu as. Ton effort vaut autant que le mien. Tu t’es préparée, selon tes capacités, ta forme, ta condition physique, ton niveau, mais tu t’es fixé un objectif, et tu le fais. Tu bouges. Tu cours. Tu fais des intervalles de marche de temps en temps pour reprendre ton souffle? So what? Tu cours! T’es une coureuse. On a le même niveau d’effort, mais c’est juste qu’on ne part pas de la même place. Faut respecter cela. Moi je respecte ça. »
Leçon #2 : Sois fier de ce que tu accomplis, peu importe ton niveau. Savoure tes réussites. Respecte les autres coureurs.

Généreux, il a fondé il y a quelques années un petit club de course à pied pour les enfants et les parents de l’école primaire de ses filles. Cela a duré 3 ans. Il voulait donner le goût de bouger aux parents, pour qu’ils donnent l’exemple à leurs jeunes. Motiver les autres, c’est dans sa nature. Il court souvent avec des collègues et se rappelle une femme qui n’avait jamais été active, qui voulait se donner un défi. Avec les conseils de Christian elle s’est mise à la course à pied quelque temps avant sa retraite… cela a changé sa vie, eu un impact sur sa santé et elle profite d’une retraite active aujourd’hui. 

Quelques conseils de Christian Mercier pour que le plaisir soit au rendez-vous

  • Trouve pourquoi tu le fais. Pourquoi tu cours? Trouve TA motivation. Trouve le pourquoi. Ça peut prendre du temps, mais trouve-la ta motivation, ta raison. 
  • La course c’est une question d’équilibre. Il faut que ce soit intégré dans l’horaire familial, mais jamais au détriment de l’équilibre.
  • Si tu n’aimes pas courir dehors l’hiver au froid, trouve un plan B, va au gym, ou achète toi un tapis roulant, mais organise toi pour le faire.
  • Fixe-toi des objectifs! Par exemple, tu veux faire ton premier 5 km avec Défi Entreprises… ou tu veux relever le défi de faire ton premier demi ou même rêver à faire un marathon un jour, moi je dis : prépare-toi, fais-le dans le plaisir. Demande des conseils, entoure-toi de gens compétents. T’es capable. Fais-le à ton rythme. Donne-toi du temps. 
  • Son approche préférée c’est de s’entraîner en temps, pas en distance. « Je me dis que je pars 2h. Si au bout de 1h45 je suis revenu à mon point de départ, eh bien ce sera 1h45. C’est moins lourd pour le mental je trouve. »
  • Et le dernier conseil, VRAIMENT SIMPLE, mais personnellement, je l’applique depuis ma rencontre avec Christian. Il m’a dit « moi, 75% du temps quand je cours, je me pogne le ______ (insérez ici le mot de votre choix!). » QUOI? « Ben oui! 75% du temps je ne force pas quand je cours. Je suis en endurance. Je suis capable de parler, je n’ai pas trop chaud. Moi mon 75% du temps où je ne force pas c’est environ un pace de 4 minutes/ kilomètre. Peut-être que pour toi, cette zone là c’est 6 min 30, 7 minutes du km, et c’est correct! Le conseil que je dirais aux coureurs, c’est : laissez-vous du temps… je reviens à mon trop tôt, trop fort, trop vite. Enlevez-vous de la pression, sinon vous n’aurez pas de plaisir! »

En terminant notre rencontre, je lui demande : 

Son prochain objectif : une ou deux courses de trail de 50 ou 75 km et sur route, quelques marathons et probablement le marathon de Berlin cet automne. C’est là qu’il a vécu son plus beau marathon à vie. Une belle performance en 2010. L’ambiance était wow, la ville est magnifique, le décor, les gens, l’organisation, tout était super. C’est lors de ce marathon qu’il a eu le déclic qu’il pouvait s’investir encore plus dans la course à pied. Il a parcouru les 42.2 km en 2h24.

Ta course la plus spéciale? « Mon défi de 100 miles au Vermont en 2017. Une course de 160 km. Je l’ai fait en 18 heures; c’était vraiment un beau trip familial, ma blonde et mes enfants étaient là à chaque ravitaillement. C’était un peu fou comme course, j’ai eu une petite bulle au cerveau de m’inscrire là ☺, mais je suis content de l’avoir fait. »

Tu cours avec ou sans musique? « Jamais de musique, ça doit faire au moins 5 ans. Je cours avec mes pensées, ça me donne du recul et Julie me dit souvent va donc courir, tu reviens avec de bonnes idées… ! »

Si je devais résumer cette rencontre enrichissante et motivante de plus d’une heure en quelques mots, je dirais : Constance. Équilibre. Objectifs. Plaisir. Voilà la philosophie de course de Christian Mercier.

Christian est un coureur performant et humble; un gars qui aime partager ses expériences pour que de plus en plus de coureurs puissent profiter d’une expérience agréable de course à pied. J’espère que ses conseils et réflexions vous aideront à vous garder motivés autant que moi! Merci Christian!

Je vous souhaite bonne course… et surtout… beaucoup de plaisir!

13 réflexions au sujet de “Quand performance rime avec plaisir”

  1. Merci pour cet article très bien tourné. J’ai souri tout au long de ma lecture. J’ai même ressenti un regain d’énergie alors que je traîne de la patte cette semaine à cause du froid. Demain, je remets mes baskets! :))

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    • Merci Évelyne pour votre beau commentaire! C’est un plaisir d’écrire sur un coureur aussi inspirant mais encore plus quand je sais que mes textes motivent les lecteurs et lectrices! 😊 merci et bonne course !! 🙌🏼

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  2. Quel magnifique texte positif, respectueux et Convaincant ! Oui je cours depuis bientôt 3 ans ( j’aurai 60 ans en juillet prochain) et parfois je me dis que je pourrais faire mieux au niveau du temps …avec ce texte, je crois que je vais être un peu plus indulgente avec moi même ! MERCI

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  3. Merci pour ce beau billet ! Je suis Christian Mercier depuis ses débuts. Je savais qu’il était performant et talentueux. Mais, ce qu’il pensait non. Moi ça me rejoint.😉

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    • Merci François d’avoir partagé vos impressions! Christian est vraiment sympathique et tellement motivant.!! Et il contribue à rendre la course démocratique … il y a de la place pour tous les types de coureurs! 🙂

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  4. Christian Mercier fait dorénavant partie des personnes très inspirantes qui me donnent envie d’en faire plus (et mieux) et qui me font ressentir une grande fierté de faire partie de la communauté des coureurs.euses depuis bientôt 4 ans et d’être en mesure de participer à des courses de 10km. J’aime vraiment beaucoup la philosophie de Christian Mercier quant à la place de la course dans l’équilibre de la vie. Bravo à cet athlète exceptionnel pour le respect qu’il démontre face à tous les coureurs “ordinaires”!! 🙂

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    • Merci Johanne!! Oui je suis bien d’accord avec vous!! Ça me réconcilie aussi avec mes distances de 10 km … ! Au plaisir de vous rencontrer lors d’un 10 km cet été! 🙌🏼🏃🏻‍♀️

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  5. Bravo Kim pour cet article, tu m’as fait découvrir un personnage intéressant et inspirant!

    Raymond, 62 ans, habitué des demis et qui pense peut-être à un marathon avant qu’il ne soit trop tard!

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