La règle des 20 secondes

Avertissement : ce billet est indirectement lié à la course à pied. Puisque j’organise le Défi Entreprises, je suis extrêmement intéressé à tout ce qui touche la motivation. D’ailleurs, je viens tout juste de terminer la lecture d’un excellent livre : The Happiness Advantage, écrit par Shawn Achor. C’est le genre de livre qui change un peu nos comportements et qui nous influence pendant un bon bout de temps. Le titre fait un peu  »psycho-pop », mais ce ne l’est pas du tout. Ce n’est pas un livre qui vous dit que vous pensez se réaliseront juste parce que vous y pensez assez souvent. Ce n’est pas non plus un livre qui dit qu’il faut s’imagine heureux pour l’être. En fait, c’est un livre très scientifique, qui renseigne sur un pan assez méconnu de la psychologie : la psychologie positive. Vous l’aurez deviné, l’auteur est un psychologue et il nous relate toutes sortes d’expériences et de recherches très intéressantes. C’est un livre surtout axé sur la vie professionnelle, mais les leçons qu’on en tire peuvent s’appliquer partout. J’ai appris certaines choses, mais j’ai surtout découvert une meilleure façon d’exprimer certains concepts reliés à la motivation.

Peut-être que les lecteurs réguliers de ce blogue vont se dire qu’ils n’ont pas besoin de ça, qu’ils ont déjà de bonnes habitudes de vie. C’est probablement vrai. Par contre, je suis un grand fan de l’amélioration continue : peut-être y a-t-il une facette de vos habitudes de vie que vous aimeriez améliorer? Moi, oui… Advenant le cas où vous seriez parfait, vous pourrez toujours enseigner cette technique aux gens autour de vous!

Tout d’abord, un concept : l’enthalpie

Avant de parler de motivation, je dois parler de chimie un petit peu. Savez-vous ce qu’est l’enthalpie? En gros, c’est l’énergie interne d’une molécule. Lorsque cette molécule se dissocie, elle libère de l’énergie. Par exemple, lorsque du bois brûle, les molécules d’hydrate de carbone se dissocient et libèrent de l’énergie sous forme de chaleur. Le bois + l’oxygène deviennent du CO2, de l’eau et de la chaleur :

CH2O + O2 => CO2 + H2O + chaleur

Par contre si on met du bois avec de l’oxygène, rien ne se passe, n’est-pas? Cette réaction est donc une réaction exothermique (qui libère de la chaleur) qui doit être activée. Si on active (chaleur) le bois (CH2O) avec l’oxygène (O2), alors la réaction s’enclenche et elle libère plus de chaleur que ce qui a été nécessaire pour activer la réaction.

Comparons cela avec nos activités de loisir. Vous êtes vous déjà dit : en fin de semaine, je vais jouer au soccer, organiser des activités avec les enfants, lire mon livre et aller au musée? Moi aussi, j’ai déjà fait des projets comme cela. Vous est-il déjà arrivé d’avoir un plan comme cela et de finalement passer la fin de semaine devant la télévision? Était-ce satisfaisant?

Certaines activités produisent sur nous un effet bénéfique sur notre niveau de bonheur ou de satisfaction face à la vie. Voici quelques exemples : courir, jouer au soccer, lire un livre, apprendre une langue, faire du vélo, cuisiner, inviter des amis à souper, voyager, construire un modèle réduit, collectionner des timbres, aller au musée, donner un cadeau, écrire un blogue, etc. Évidemment, ce ne sont pas les mêmes activités pour chacun d’entre-nous. Par contre, selon quelques études, on ne retire pas de  »plaisir durable » à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéos plus de 30-60 minutes à la fois. On peut imaginer que flâner sur internet ou sur Facebook n’a probablement pas beaucoup d’effet sur notre niveau de bonheur non plus. Pourquoi donc choisissons nous quand même ces activités, même si nous savons pertinemment que nous ne nous sentirons pas plus satisfait après?

Ces activités nécessitent peu ou pas d’énergie d’activation.

Si on en revient à notre exemple de la bûche, on pourrait dire que la télévision ne nécessite pas d’investissement d’énergie de départ, mais qu’elle ne permet pas de libérer de l’énergie non plus. Lorsqu’on écoute la télévision ou qu’on joue à des jeux vidéos, on reste donc à notre niveau de départ pas plus, ni moins satisfait. Exactement comme la bûche à laquelle on ne donne pas de chaleur, le niveau d’énergie reste égal. Personnellement, ça ne m’est jamais arrivé de me dire après une soirée passée à jouer à des jeux vidéos de me dire  »ah, quelle bonne soirée, c’était vraiment plaisant ». J’imagine que je ne suis pas seul. Par contre ça m’est souvent arrivé après avoir couru. Le problème c’est que :

Courir (et la plupart des activités qui permettent de se sentir satisfait) nécessite de l’énergie d’activation

Effectivement, mettre ses souliers, s’adapter à la température extérieur, mettre nos jambes en marche, tout cela nécessite un peu d’énergie mentale. Comme nous avons des réserves d’énergie mentale (volonté) limitées, il est dangereux de compter sur ces réserves pour se motiver à aller courir. Par exemple, après une dure journée de travail où vous avez eu à prendre plusieurs décisions importantes, il se peut que votre réserve d’énergie mentale soit très diminuée. Courir pourrait vous permettre de vous énergiser, mais pour cela, vous avez besoin d’investir un peu de volonté.

Comment s’assurer qu’à ce moment-là vous prendrez la décision d’aller courir et non d’écouter la télévision?

Bonne question. La meilleure façon serait de diminuer l’énergie d’activation nécessaire pour courir et d’augmenter (si possible), l’énergie d’activation nécessaire pour écouter la télévision (ou jouer à l’ordinateur). Shawn Achor appel cela  »la règle des vingt secondes ». Pour prendre une nouvelle habitude, l’idéal est de raccourcir de 20 secondes le temps nécessaire pour débuter le comportement souhaité et de rallonger de 20 secondes le temps nécessaire pour débuter le comportement à éviter.

Évidemment, lorsqu’on fait une activité depuis longtemps, l’énergie d’activation nécessaire diminue, c’est ce qu’on appel une habitude. Je n’ai personnellement pas besoin de me trouver plusieurs trucs pour me motiver à aller courir, un horaire me suffit. Par contre, j’essaie d’apprendre l’allemand en ce moment, et ça me prend pas mal d’énergie mentale. Je viens donc de placer mes livres d’allemand sur la table de la cuisine, afin d’être prêt à étudier si j’en ai l’occasion. Je viens en même temps de cacher le raccourci pour mon jeu vidéo préféré dans un sous-répertoires de 3e niveau dans mon ordinateur, au lieu de laisser le raccourci sur le bureau. Lorsque j’aurai fini ma journée de travail, j’espère que cela sera suffisant pour me pousser à étudier l’allemand au lieu de jouer à un jeu vidéo… Si cela n’est pas suffisant, il faudra que je trouve une autre façon d’augmenter l’énergie d’activation du jeu vidéo ou de diminuer l’énergie d’activation du cours d’allemand. Une fois mon habitude acquise, je pourrai laisser tomber ces stratagèmes.

Comme je le disais précédemment, peut-être que ce n’est pas un truc qui vous aidera à courir plus souvent. Par contre, vous pourrez l’utiliser pour aider quelqu’un dans votre entourage qui  »manque de motivation » ou pour améliorer une de vos habitudes de vie. Bon succès!

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7 réflexions au sujet de “La règle des 20 secondes”

  1. Tout d’abord, approche très intéressante qui me parle. L’analogie avec la bûche de bois est très bien choisis.

    Par contre, je ne comprends pas du tout le paragraphe ci-dessous, qui pourtant est l’essentiel.

    « La meilleure façon serait de diminuer l’énergie d’activation nécessaire pour courir et d’augmenter (si possible), l’énergie d’activation nécessaire pour écouter la télévision (ou jouer à l’ordinateur). Shawn Achor appel cela ”la règle des vingt secondes”. Pour prendre une nouvelle habitude, l’idéal est de raccourcir de 20 secondes le temps nécessaire pour débuter le comportement souhaité et de rallonger de 20 secondes le temps nécessaire pour débuter le comportement à éviter. »

    1. Je ne comprends pas pour quel raison il faudrait diminuer l’énergie d’activation pour courir? Ce ne serais pas plutôt le contraire?

    2. Comment peut-on raccourcir un temps de 20 sec pour débuter un comportement souhaité. Je ne saisis vraiment pas qu’est-ce ces 20 sec viennent faire la dedans, Est-ce qu’on sous-entant le temps de réflexion avec de changer d’avis? Peux-tu me donner un exemple concret.

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  2. @ Stéphane : 1. Il faut diminuer l’énergie d’activation pour la course afin d’encourager ce comportement. Plus l’énergie d’activation nécessaire est faible, moins il est difficile de prendre l’habitude.
    2. Pour m’encourager à aller courir le matin, je me couche avec mes vêtements, mes chaussures et mon manteau d’automne déjà préparés à côté de mon lit. Ainsi, le matin, j’ai besoin de 20 secondes de moins pour m’habiller et aller courir. J’ai donc moins de chance de changer d’idée. Est-ce plus clair ainsi?

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  3. @ Daniel,
    Un grand merci pour tes explications. C’est nettement plus clair pour moi. Et bravo d’aller courir le matin, c’est vraiment pas évident!
    J’ai compris qu’en 20 secondes, nous avons facilement le temps de changer d’avis. Je l’ai éprouver souvent. Sur ce, hop je vais courir.

    PS. Aurais-tu envie de mettre un lien sur mon site?

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