Pourquoi est-il préférable de se fier à la perception de l’effort qu’à la fréquence cardiaque?

Avant de commencer cet article, je dois d’abord vous expliquer pourquoi je pense que s’entraîner avec la fréquence cardiaque est si populaire :

  1. La fréquence cardiaque est facilement mesurable.
  2. La fréquence cardiaque est encore plus facilement mesurable avec un appareil, vendu commercialement.
  3. On a tendance à donner beaucoup d’importance à ce qu’on peut mesurer facilement, encore plus si c’est supporté par une machine promotionnelle.

Je ne suis pas du tout contre le profit, ni la consommation. Je trouve que c’est excellent que plusieurs entreprises proposent des cardiofréquencemètres, mais il faut être conscient que la mise en marché des cardiofréquencemètres nécessite qu’on leur crée (de façon justifiée ou non) une justification. Je ne pense pas que la fréquence cardiaque serait une façon d’évaluer l’effort si on devait utiliser deux doigts et une montre pour l’évaluer…

J’aime les cardiofréquencemètres, mais il faut savoir reconnaître leurs limites. Pour en savoir plus sur quatre utilisations du cardiofréquencemètre que je trouve justifiées : cliquez-ici.

Il faut aussi savoir que les cardiofréquencemètres sont peu utiles pour connaître autre chose que la fréquence cardiaque. La fréquence cardiaque ne représente pas le niveau de fatigue, ni le niveau de performance. Il est possible d’être très fatigué et d’avoir une fréquence cardiaque élevée et d’être fatigué et d’avoir une fréquence cardiaque basse. Il est possible d’être peu fatigué et d’avoir une fréquence cardiaque élevée et il est possible d’être peu fatigué et d’avoir une fréquence cardiaque élevée. Il est possible de courir à 10km/h avec un fréquence cardiaque élevée, alors qu’elle est basse pour une autre personne…

Alors, on utilise quoi? – La perception de l’effort

La fréquence cardiaque est utile pour évaluer des efforts continus d’une durée minimale de quelques minutes, allant jusqu’à 2h environ. En deçà de quelques minutes, la fréquence cardiaque n’a pas le temps de s’ajuster à l’effort et au-delà de 120-180 minutes, l’apport en oxygène n’est plus le limitant principal. Dans cette étude, les chercheurs démontrent que pour des efforts entre 10 et 90 minutes, la perception de l’effort est à peu près aussi précise que la fréquence cardiaque pour évaluer l’effort. Donc, match nul pour les efforts continues de 10 à 90 minutes.

Pour les efforts plus courts que 10 minutes ou plus longs que 120 minutes ou pour les intervalles, la perception de l’effort est plus utile que la fréquence cardiaque.

En plus, la perception de l’effort prend en compte vos derniers entraînements, votre niveau de stress au cours de la journée, votre manque/surplus(!) de sommeil ou encore votre besoin de brûler de l’énergie.

De plus, si vous débutez la course à pied, il est important de développer cette capacité à évaluer votre effort. À mon avis, c’est une des habiletés les plus importantes en course à pied : être capable, au milieu d’une course, d’évaluer les réserves d’énergie qu’il vous reste en fonction du parcours qu’il vous reste. Cette information, votre montre ne pourra jamais vous la donner et c’est une habileté qui se développe avec la pratique.

Ps. Il se pourrait que j’intègre quelques entraînements dictés seulement par la perception de l’effort dans le programme Course à pied.ca.

Notez que dans cet article, je parle de l’usage de la fréquence cardiaque. Certains cardiofréquencemètres évaluent aussi la variabilité cardiaque, qui peut être utilisé pour évaluer le niveau de condition physique d’une personne.

 

 

3 réflexions au sujet de “Pourquoi est-il préférable de se fier à la perception de l’effort qu’à la fréquence cardiaque?”

  1. D’abord, merci pour ces articles qui sont toujours intéressants. Sans prétendre m’y connaître en activité physique et kin, le parallèle est venu de lui-même avec mon domaine d’expertise (évaluation de programmes publics, MAP) et cet article. Il est tout à fait vrai que nous avons tendance, populairement parlant, à évaluer avec la mesure facilement accessible. Or, ce n’est souvent pas la meilleure pour mesurer les résultats probants…On essaie parfois de mesurer l’impact d’un programme gouvernemental de réinsertion au travail en prenant, par exemple, les résultats de l’indicateur “nombre de personnes qui se sont inscrites à la session d’information” ou encore ” $ investis par participant”. Or, on ne mesurera parfois jamais combien de personnes ont réintégré durablement le marché du travail car il faut définir et baliser les aspects en jeu, ce qui est plus long, plus engageant, et surtout, plus subjectif. Ceci étant dit, je suivrai avec intérêt les articles intégrant la notion de perception de l’effort!

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    • J’aime toujours les parallèles entre la course à pied et la «vraie vie». Je crois que de surévaluer l’importance de ce qu’on peut facilement mesurer est un trait naturel chez les humains. Dommage! Merci pour ton commentaire,enrichissant!

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