Biographie d’une route de coureur

C’est FOU ce qu’on peut RÉFLÉCHIR en courant.

Et si la route nous racontait ce qu’elle voit et ce qu’elle entend ? Et si la route pouvait nous résumer les semaines des piétons et des coureurs ! Des histoires comme la tienne, comme la mienne, ou comme la sienne, comme les chansons de Jean Leloup! L’histoire d’un gars de 32 ans pas très en forme qui se donne comme objectif de courir un marathon dans 2 ans, ou celle d’une mère de 3 enfants, séparée depuis quelques mois, qui refait sa vie du mieux qu’elle le peut. Triste. Et si la route pouvait absorber toutes les histoires de ces passants et passantes comme une éponge, comme un aspirateur, un aimant. L’histoire d’une amie du quartier voisin qui a vu, un matin, la voiture de son copain quitter pour de bon, sans regarder derrière. L’histoire d’une simple gomme collée par terre, à l’intersection de la rue Roberge et du Grand-Duc, crachée par un ado en vélo qui songe à quitter le nid familial car son père utilise la violence pour lui faire comprendre des choses que lui-même ne comprend pas … toujours la solitude, ça devient une habitude. #jeanleloup.

On dirait parfois que la route et l’épreuve sont synchronisés avec nos états d’âme. Aaaah Festival, de Sigur Ros!! C’est la chanson de Marie-Christine pour accompagner la fin de son marathon d’Ottawa!! Elle arrive à travers les coureurs et les encouragements mêlés à l’intensité de la chanson piquent ses yeux… L’aventure émotive lui demande si elle va prendre un point parce qu’elle respire tout croche! Petit MOMENT de RÉPIT (ou ROMAN de MÉPI) dont la route se souvient #jeanleloup. À la fin du marathon : pin-pon, les ambulances viennent et vont. #jeanleloup.

Sur ta route de coureur, tu en croises des trucs. Ce sont des photos d’histoires. Celle d’un condom utilisé, près du terrain de balle, par un couple heureux de découvrir quelque chose de différent d’une location de film comme activité de couple. Près du parc, je vois deux travailleurs : un petit et un grand (plutôt grassouillet). Ils préparent une scène pour un spectacle. Ils gagnent un salaire à peine suffisant pour payer la maison que leurs enfants quittent et plus jamais ne les aiment… #jeanleloup.

Dans mon lecteur MP3 en ce moment:

Jean Leloup – Le monde est à pleurer :
Savez-vous l’existence de ses familles de banlieue …

Sur ma route, j’ai ramassé une canette vide pour la jeter au recyclage, deux coins de rue plus loin. J’suis fier et gêné de courir avec une canette de bière vide dans la main gauche. J’ai aussi trouvé 10 cents près de l’entrée de l’école. Tu sais, tu te demandes si tu le ramasses ou pas et puis tu penses à ton grand-père qui disait que c’est avec des sous qu’on fait des dollars. La route me raconterait que nos grands-pères bougeaient plus que nous, et à tous les jours. La route favorite du chien de Normand, qui aime courir pour rien, qui joue au prédateur avec une feuille en vol qui tombe du chêne centenaire.

Sur cette route, l’histoire de deux amies qui prennent leurs marches tous les lundis soirs, Isabelle et Nathalie. Elles en ont besoin. Elles marchent pour parler, se confier et communiquer. J’ai aussi croisé sur la route des flaques d’eau. Les flaques existent car la route est usée, comme nous. Et si on ne prend pas soin d’elle, elle s’affaissera et on devra la refaire. On devra la changer et toutes ses histoires partiront avec elle. «Nous» sommes la route et nous sommes uniques, dans un sens (ou dans l’autre, unique ou pas). Nos routes se croisent sans toujours le savoir.

Je cours en prenant quelques détours à cause d’elle, la route. Je sais qu’elle est fermée certains mois de l’année. Je sais que son trottoir est abimé depuis des semaines, car c’est ici que Catherine s’est foulé la cheville #jeanleloup. Je sais qu’elle est bloquée par la circulation à certaines heures.

J’aime voir les lignes jaunes et blanches, qui mènent au bout du monde en trottant parallèlement devant moi. L’infini. J’y vois encore un symbole, une métaphore, un moment de synchronicité. Chacune des lignes représentent mon cœur, mon corps et mon cerveau. Tout avance en parallèle. Je cours bien. Je cours avec elle (la route). Je cours avec elles (les lignes). Je pense à elle.

La route du coureur est aussi celle du marcheur, du cycliste et de l’automobiliste. La route se partage. Ce serait intéressant si la route pouvait nous raconter les histoires des gens qui la marchent, la roulent, la courent, comme une chanson de Jean Leloup.

Stendhal disait qu’un roman est un miroir qui se promène sur une grande route.

Les images prises lors de mes sorties de course, capturées par mon cerveau, me donnent une envie un peu folle d’écrire un roman. Ce livre raconterait les accidents dans ma tête, sur la route de la création. Biographie d’une route de coureur. Toi, ta route, elle raconte quoi ?

9 réflexions au sujet de “Biographie d’une route de coureur”

  1. Très bon texte… !!! Moi je remarque aussi l’évolution de mes pensées… Ce que je pensais à l’âge de 16 ans, quand je courais sur la 138 dans ma belle campagne à Deschambault vs ce que je pense aujourd’hui dans la cinquantaine sur la route ou en sentier… tellement différentes ces pensées, ces reflexions.. c’est fou ce qu’au travers “une petite course” que le temps revient et est “nous”au lieu de passer…. Merci pour le partage de tes pensées 🙂 Manon

    Répondre
  2. Hugo, tu devrais créer un blog où tes textes seraient rassemblés. Tu as une très belle plume, émouvante et inspirante. C’est toujours un plaisir de te lire!
    En fait, quand je vois un texte de toi dans ma boite courriel, j’attends un moment calme propice à te lire.
    Merci pour Sigur Ross, j’avais oublié cette magnifique chanson!

    Répondre
    • C’est gentil ces commentaires là.
      Sigur Ros est très puissant pour une dose de poils qui lèvent pendant une course. Mélodie. Mélancolie.
      J’ai débuté l’écriture d’un roman, vous serez mon premier acheteur ?

      Répondre
      • Sur le tard comme réponse, mais… oui définitivement!
        Garde mon courriel et laisse-moi savoir quand ton roman sera publié.
        Je serais aussi très honoré de faire partie de tes premiers lecteurs!
        JF

        Répondre
  3. Wow! Quel beau texte. Il faut être en vacances pour lire parfois et “prendre le temps de…” Bravo et merci de nous faire découvrir des mélodies que je prends plaisir à découvrir à mon tour. Bonne continuité et je “prendrai le temps” de lire votre premier roman c’est certain!

    Répondre

Répondre à Hugo Clermont Annuler la réponse