Laisse tomber la course

Ce texte te propose un voyage thérapeutique du point A au point B !
(J’abuse des guillemets dans ce «journal intime»)

[point A]

Tout a débuté au printemps 2009, alors que je tentais à nouveau de faire apparaitre le plaisir de courir. J’avais abandonné les souliers à 2 reprises. 2 fois en 2 ans, j’ai dis «FU_ _ la course». J’n’avais jamais réussi à créer une routine d’y aller minimum 3 fois par semaine. Je n’aimais pas ça (avant le printemps 2009). Je n’y croyais pas (avant le printemps 2009). J’y allais à contre-coeur (avant le printemps 2009). T’sais quand ta fierté c’est de réussir ta «poutine maison» … Et que tu sais que tes enfants seraient plus fiers de changer «poutine» pour «routine» et «maison» pour «raison».

Et puis un jour, après 2009 ………….. entre 2 poutines …………

-T’es chanceux d’avoir du temps pour ça! (un voisin);
-Je LE prends le temps (moi, après 2009).

Quand j’ai vu sa réaction à la suite à ma courte réponse «coup de poing», j’ai compris que je l’avais mis dans un état de réflexion. Il en avait besoin, mon très sédentaire ami. Il avait besoin de la course dans sa vie à ce moment-là et j’ai trouvé la réponse parfaite pour le piquer (je vais le renommer «Victor»). J’avais aussi besoin de me convaincre moi-même pour continuer et pour garder une certaine motivation pour éviter de répéter «FU_ _ la course». Il y a rapidement un développement de rapport amour/haine créé avec la course. Notre relation avec elle devient malsaine et bénéfique. Ça transforme notre vie, notre couple, notre famille. Qu’on devienne marathonien ou pas, on attache et détache des liens, bien au-delà du rack à souliers près de la porte. On change nos discussions. On développe de nouvelles amitiés. On s’implique dans de nouveaux projets. On en parle beaucoup trop. Victor et moi avions, en 2 phrases, déterminé nos 2 destins de coureurs. Nous avions l’orgueil masculin au premier rang de la structure de motivation. Pas le droit de lâcher avec ce que je venais de lui dire. Victor n’avait plus d’excuses.

8 ans plus tard ………… entre la routine et la raison ………… après ma poutine maison

Hier soir, j’ai croisé un homme (une bonne connaissance), le père d’une amie de ma blonde (que je vais renommer «Yvon»). Il a perdu sa femme il y a un mois #mauditcancer. J’ai jasé avec lui 5 minutes (0,6km). Il a ensuite tourné à gauche pendant que je tournais à droite. J’ai pensé qu’il marchait pour se rendre d’un point A à un point B dans un but précis. Logique. Comme moi. Il allait peut-être chez sa fille pour jaser, il neigeait depuis 18h. Comme pour moi, la neige ne l’empêchait pas d’atteindre son objectif. Avec son pas de marche rapide, il me prouve qu’il a pris les moyens pour y arriver efficacement. Mais quelle était sa motivation? Surement de se libérer l’esprit et de se changer les idées. J’aimerais pourvoir faire quelque chose pour lui. Il voulait peut-être simplement aller chercher du lait au dépanneur. Je ne le saurai jamais, sauf s’il lit mon texte, et qu’il se reconnait et qu’il me contacte. Yvon est un ancien marathonien, un père et un grand-père fantastique. Sa femme avait le plus beau sourire du village et marchait plus de 5km par jour. #mauditcancer. Je repense aux points A et B et j’ai la chair de poule. «FU_ _ la course».
À court, moyen et long terme …. On doit tous déterminer un point B en partant d’un point A. Entre les 2, on doit prendre les moyens pour s’y rendre et avoir une réponse à notre «POURQUOI» … Me suis-tu ?
Hors contexte : Victor court maintenant régulièrement plus de 50km en forêt dans des compétitions.
On peut ralentir, mais jamais arrêter. Malgré tout.
Ce soir, j’suis content de ne pas avoir utilisé mon tapis roulant. Yvon avait peut-être besoin de ce 5 minutes de discussion. Moi , ça m’a fait du bien. «FU_ _ la course».
Si j’avais eu une mince, toute petite idée de tout arrêter, d’abandonner, de quitter le nuage qui me porte à mon prochain marathon en sautant en bas, je l’aurais fait la semaine dernière. Y’a des semaines comme ça «…………..» des journées comme ça où c’est impossible de trouver le temps, pour même aller pisser. Y’a des jours où même les points de suspension et les guillemets deviennent lourds sur mon clavier. Le Hugo de 2009 dirait … « tu dois le prendre, le temps …. ». Rien à voir avec l’intensité et l’énergie, mais j’en aurais eu besoin. Hier soir, j’ai couru à -22 avec Angie (mon boxer débile) pendant 45 minutes.
C’était beau et pur. Magnifique.
La vie est trop courte pour ne pas juste un peu savourer ce moment, les yeux fermés. Je fais du ménage. Dans ma vie, avant ma mort. J’ai un poème et un roman à écrire. Avant.
Je cours pour nourrir mes pages. Je n’hésite pas à analyser mes sorties comme des voyages thérapeutiques.
Avec l’argent et le temps que j’ai investi dans la course, j’aurais pu m’acheter une tente roulotte et partir loin (voyages  thérapeutiques) …. au lieu d’aller courir. J’aurais pu recommencer les cours de piano et devenir un vrai pianiste comme je le souhaite. J’aurais tellement pu faire autre chose que de courir … Courir après rien, courir seul ou avec Angie … et longtemps, courir pour arriver à quoi? Du point A au point B? Et où? Sous la pluie, la neige ou au gros soleil. À -24?
Oui, j’ai promis. Je sais. Oui, j’ai décidé de courir encore aujourd’hui. Je sais. Oui, j’ai modifié mon quotidien consciemment. Je sais. Oui, j’ai expliqué à mes amis et ma famille que la course avait changé ma vie. Je sais. Je sais. Oui, je dois faire attention à mon alimentation (routine et raison) (poutine maison) pour équilibrer le tout. Je sais. Oui, je me sens comme un athlète drogué qui voit soudainement qu’y’a un autre côté à une médaille et que ce n’est pas toujours rose et bleu, y’a aussi du stress et des bobos, la vie et la mort.
Hier soir, ma courte discussion avec Yvon m’a donné l’goût de passer devant la maison de Victor et d’me dire ….. FU_ _ la course … en courant …
La route te mène à des rencontres, et non à un point.
Tu ne pourras jamais te douter où un simple 5km peut t’apporter et à quel «point» te faire grandir.
Yvon, Victor et Angie existent (pour vrai) dans ma vie. J’ai changé les prénoms (sauf Angie) par respect. Ces histoires sont vraies.
COMPLÉMENT MUSICAL : Rise / Eddie Vedder. Va lire les paroles et va courir en l’écoutant ….. juste après.
[point B]

6 réflexions au sujet de “Laisse tomber la course”

  1. Merci de partager le quotidien de cette façcon de vivre qui passe par la course. Une philosophie et une psychologie qui trainent derrière nos pas répétitifs. Ton texte est senti et partagé, en tout cas il m’a fait un grand bien ! F.. continu à écrire et courir; si le coeur y est !!

    Luc Potvin

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