L’extrême-centre

J’aime parfois m’arrêter, le temps d’une heure ou deux, et simplement lire. À propos de politique, d’environnement, de sport, d’alimentation… Je vogue entre l’article en profondeur et le blogue, la chronique d’opinion et l’étude scientifique. À une ère où l’information est accessible et abondante, je remarque cette tendance à s’éloigner du centre, à délaisser le gris, au profit des extrêmes, du noir et du blanc. En politique, on use à outrance du radical, de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite. En nutrition, on passe du régime sans gluten à celui sans gras, ou sans glucides. Dans le monde de la course à pied, des évènements de plus en plus exigeants reculent les limites du corps humain, avec des conséquences qu’on ne peut encore peser. Et pour survivre à ces longues traversées, on porte quoi, un soulier minimaliste ou maximaliste?

Quiconque peut-il se prétendre à l’abri de ces tendances, imperméable à ce que le marché, les réseaux sociaux et les médias proposent? Bien sûr que non. Qui n’a jamais voulu courir pieds nus après avoir lu Born To Run? Qui n’a jamais secrètement espéré qu’une alimentation sans gluten se traduirait par une perte de poids presque immédiate? Qui n’est jamais revenu chez lui avec en main un gadget dont il comprend à peine le fonctionnement, mais qui promet la lune? Que celui ou celle qui n’a jamais péché me lance le premier espadrille! J’ai, au fil du temps, flirté avec le minimalisme et le maximalisme. Avec le végétarisme, le végétalisme mais aussi avec les régimes paléolithique et cétogène (keto). J’ai eu en ma possession plus de 20 paires de souliers (en même temps!), compilé mes données dans trois sites Web différents, utilisé deux montres GPS, basé mon entraînement sur les écrits de Joe Friel, Jack Daniels, Tim Noakes, sur mon rythme cardiaque au repos, ma vitesse, mes zones… Certains diraient que « j’ai fait mes expériences », d’autres remettraient plutôt en doute ma santé mentale.

Au fil du temps, j’ai réalisé que les périodes au cours desquelles je courais le mieux, et du même coup je m’améliorais et m’amusais davantage, étaient celles où je faisais preuve de constance. Je ne faisais pas de speedwork trois fois par semaine, et ma longue sortie du weekend n’était pas particulièrement éreintante. Par contre, je courais six jours par semaine, je mangeais bien et dormais suffisamment, et je récoltais les fruits d’efforts soutenus. Personne n’aurait qualifié mon entraînement d’extrême, ou mes méthodes de radicales. On aurait probablement plutôt souligné une forme de dévouement, d’ardeur au travail et, peut-être, d’entêtement dans une quête qui échappe à ceux et celles qui n’ont pas (encore) découvert les joies de la course à pied.

La fin de l’année, alors que la neige s’installe et que l’automne fera bientôt place à l’hiver, se révèle une période propice à la réflexion. En cette période des Fêtes qui sera le théâtre de tous les excès, mais aussi l’occasion de bien des résolutions, à vous de vous pencher sur l’année qui se termine, et d’établir les objectifs pour celle qui s’amorce. Je me permets bien humblement de vous suggérer de viser la constance. Que 2019 soit l’année où une résolution de janvier se transforme en une habitude à la fois saine et bien ancrée. Et rappelez-vous que pour trouver l’équilibre, il ne faut pencher ni trop d’un côté, ni trop de l’autre.

Je termine en vous souhaitant à toutes et à tous une excellente année 2019! Qu’elle vous apporte la santé, vous permette de croître sur tous les plans et, bien entendu, de courir régulièrement!

Bonne année 2019 et bonne course!

7 réflexions au sujet de “L’extrême-centre”

  1. Bonjour M Benoit ,votre réflexion semble être comme la mienne , coureur depuis env 30 ans je ne me considère pas comme un athlète mais plutôt comme une personne qui s’amuse ,une a deux fois par année je fais exception en courant tous les jours pendant un mois (entre 150 et 200 km ) Ma distance amusement ce situe entre 30et 38 km trail que je fais en souriant et parlant a tous et chacun sans jamais me prendre au sérieux .Comme je le dit souvent aux autres coureurs ,on est tous les meilleurs de nous même .J’ai un copain qui est devenu un coureur de 125 km trail et me dit qu’il a beaucoup moins de plaisir avec les entrainements obligatoire et exigeant que cela lui demande .Pour ma part je ne crois pas que ca soit bénéfique pour la santé de courir et marcher des 20 hrs sans dormir .Je préfère rester un petit coureur en santé, qu’un grand coureur qui un jour aura probablement des troubles ,genoux ,hanche ,dos ect .Comme je constate aujourd’hui c`est très difficile de garder un équilibre entre le peu et le trop . Espérant que mon opinion fera réfléchir quelque personnes .
    Rocky

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    • Bonjour Rocky,
      Vous semblez avoir trouvé l’équilibre, c’est ce qui compte. Au bout de la ligne, l’important c’est d’avoir envie d’aller courir, d’y trouver du plaisir et une certaine fierté ou un sentiment d’accomplissement. Pour ce qui est des très longues distances, je crois que l’avenir et la recherche nous diront quelles sont les conséquences sur le corps humain. Certains coureurs ont une génétique qui semble convenir à ces épreuves, d’autres moins. Bon temps des Fêtes et bonne course!

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  2. J’oscille encore… ma musculature n’est pas encore suffisamment au point pour m’assurer de bien rester en équilibre et de focusser sur le centre… Parfois je penche à gauche (+2kilos) , parfois à droite (- 2 kilos), les plaisirs éphémères prennent quelques fois le dessus sur le bonheur de la rigueur et de la constance… Bref, la recherche de cet équilibre demeure une quête personnelle et je vous remercie de m’avoir permis de refaire le point ! Cette année je me promets suffisamment de défis pour avoir le plaisir de reprendre un entraînement constant, une alimentation sans excès et le doux bonheur qui accompagne la rigueur.

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    • “La recherche de cet équilibre demeure une quête personnelle” Très bien dit! Je vous souhaite bien du plaisir à chercher cet équilibre. Le trouve-t-on vraiment un jour? Je ne suis pas certain. Mais ça vaut le coup d’essayer!

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  3. Eh bien moi, je vais garder mes espadrilles et ne vous les jeterez donc pas, car des oscillations, j’en ai réalisées aussi et n’ai sans doute pas fini, bien que de plus en plus modérées.
    Merci pour ce bilan simple et efficace.
    Un adepte de la pensée KISS (Keep It Simple Stupid)
    Franck

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