Mais pourquoi on se compare autant ?

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Mais pourquoi on se compare autant ?

Est-ce que c’est typiquement féminin ? Dans plusieurs sphères de la vie, c’est immanquable, on se compare. Et on se met de la pression, nous-même ! Même en course à pied…

« T’as couru un 5 ? Un 10 ? Un demi ? En combien de temps ? » Et là, ça commence… on se justifie, «j’étais fatiguée, j’avais mal au genou/ au dos/ au pied/ à la tête, j’avais trop chaud, trop froid, il ventait pas mal…» et bla bla bla… Pourquoi est-on incapable de répondre «je l’ai fait dans le temps que je l’ai fait» ? Parce qu’on veut être performants, on est compétitifs, on s’évalue souvent sur une base de chiffres. Les fameux chiffres… comme quoi? Les chiffres de la balance, le pace, la cadence, les intervalles, les % de drop, la fréquence cardiaque, le volume hebdomadaire. Autant ils peuvent être motivants, autant ils peuvent être décourageants.

Je l’ai déjà dit, je cours à pace tortue. Je fais des intervalles, non pas par stratégie, mais parce que je suis novice et que j’ai besoin de marcher 1 minute de temps en temps quand je cours. Je suis (encore ?!?!) en phase de remise en forme. Vous qui lisez ceci, en majorité, êtes des adeptes de la course à pied depuis de nombreuses années. La plupart d’entre vous êtes des supers coureurs, rapides, disciplinés, avec un volume hebdomadaire impressionnant. Vous avez à votre actif des 10, des demis, des marathons, des ultras, à un pace impressionnant. Oui ! Vous m’impressionnez ! Car je ne suis pas rendue là et peut-être que je ne m’y rendrai jamais! OK, et puis après ?

Est-ce que cela fait de moi une imposteur de vous écrire dans ce blogue de course à pied ? Je ne crois pas. Je crois que la course à pied est rassembleuse, démocratique. On y retrouve des gens de tous les niveaux, de toutes les professions, de tous les milieux. La course à pied est devenue, pour moi, un réel intérêt personnel. Je lis sur le sujet, je discute avec des passionnés, je m’y intéresse. Et si je vous écris ici, c’est grâce à Défi Entreprises édition 2017, qui a été l’étincelle pour ma remise en forme. Maintenant, je cours en moyenne 4 fois, par semaine. De la constance. Du plaisir, de l’énergie, de la santé, moi qui n’avais jamais trouvé une activité sportive qui me gardait motivée pour plus que quelques séances auparavant. Alors pourquoi on se compare autant aux autres dans ce qui se veut un loisir, du temps pour soi, un générateur d’endorphines et d’énergie ? C’est fou quand même, non ?

Certains me diront que se comparer a du bon. Oui, je suis d’accord, mais surtout si on se compare à soi-même !! Améliorer notre chrono d’une course à l’autre est très satisfaisant ! S’inscrire et traverser le fil d’arrivée de notre premier 5 km, notre premier 10 ou demi, l’est tout autant ! Certain(e)s se reconnaîtront peut-être dans cette anecdote…. L’an passé, j’ai participé à mon premier 10km. Je m’étais entraînée mais n’avais jamais courue cette distance dans mes entraînements. Je m’étais fixé un objectif et ce 10 km représentait un beau défi personnel. À la ligne d’arrivée, j’étais fière de moi… vous savez, ce mélange de feeling d’euphorie, de fatigue, mais de wow je l’ai fait ?? Puis après, j’ai vu les chiffres, les statistiques. Moi qui gravite dans un milieu de performance, qui a toujours eu des objectifs mesurables, qui a un esprit compétitif, j’ai réalisé que j’ai terminé la dernière de ma catégorie cette journée-là. Et honnêtement, pour aucune autre raison que celle qu’on se met de la pression inutilement dans la vie, pendant quelques minutes, j’ai trouvé cela difficile de voir ce classement. Et pourtant !!! Jamais je n’aurais pensé courir dans la vie, encore moins faire un 10 km, même l’année précédente ! Alors pourquoi me comparer ?

Puis, une amie coureuse m’a dit: « Heille ! tu l’as fait ! Youhou ?!?! Tu as fini 30e sur 30, OUIN PIS ? Mais ça veut quand même dire que vous étiez juste 30 femmes de ton âge dans la région à l’avoir fait, ce 10 km là! On s’en fout que tu aies finie 30e ! Tu l’as fait ! Et je ne veux même pas savoir ton chrono!» Elle avait tellement raison. Cette journée là, je n’étais pas venue pour me battre contre le chrono. J’étais venue faire MON 10 km !

Alors ma constatation est celle-ci… on se compare parce que la société nous impose une pression, qu’on se laisse imposer, souvent bien malgré nous. On se fait une idée de ce qui doit et si on ne cadre pas, on se juge, souvent à tort et trop sévèrement. On se compare aux mieux que soi, c’est bien, cela nous motive à nous améliorer. Mais je crois qu’on ne devrait pas, dans un contexte de course récréative, se mettre toute cette pression…souvent subtile, certainement involontaire.

Je dois réduire la cadence à la marche aux 10-12 minutes, pour reprendre mon souffle, je cours moins vite que ma voisine de tapis au gym, OK, et puis après ? Est-ce que je suis une moins bonne coureuse pour autant ? Quand je cours, j’encourage les autres, même de parfaits inconnus (demandez à mes collègues qui courent avec moi au Défi Entreprises ! – haha). Quand je cours, je me fais du bien, peu importe le pace, le chrono ou la distance. Quand je cours, je souris, je persévère et ensuite je savoure MA réussite personnelle.

No I won’t back down, In this world that keeps on pushing me around, no I won’t back down – Tom Petty.

Bientôt, pour moi, ce sera la saison de course à l’extérieur… et j’ai tellement hâte ! j’ai assez vu le tapis roulant du gym depuis les 5 derniers mois… temps de renouer avec l’air pur et tout le reste. Je vais donc recommencer à croiser les coureurs plus rapides : vous me motivez ! Les coureurs plus âgés : vous m’inspirez ! Les plus jeunes : je vous trouve brillants d’avoir commencé plus tôt que moi. Puis je me souviendrai que pour quelqu’un d’autre, je serai possiblement cette personne plus rapide, plus âgée… comme quoi tout est relatif hein ? Je vais courir avec le sourire étampé dans ma face rougie par l’effort, en visant l’amélioration, mais en étant indulgente avec moi-même. Je vais penser à mes prochaines courses de Défi Entreprises, à mon prochain 10km à l’automne, peut-être rêver à faire un demi un jour, mais surtout, je vais penser qu’en vous écrivant ici, j’espère donner le goût à une, deux, ou 10 personnes de se faire confiance, d’arrêter de se comparer aux autres et d’y aller sans se décourager! Vous êtes débutants ? Vous venez de vous inscrire à votre premier Défi Entreprises et vous vous demandez quelle mouche vous a piquée ? Sortez de votre zone de confort ! Commencez avec des intervalles ! Soyez fiers de VOS progrès et arrêtez de vous comparer ! Commencez quelque part ! Marchez, courez, souriez, venez avoir du fun, dépassez-VOUS vous-même ! C’est ce que j’ai fait en 2017, moi qui n’avais jamais couru de ma vie ! Et j’ai fait ça comment ? Un kilomètre à la fois.

Le plaisir croit avec l’usage. Dans 1 mois, dans 6 mois, dans un an, vous verrez votre amélioration, alors là, vous pourrez vous comparer, avec l’ancienne version de vous-même.

Bonne course !

21 réflexions au sujet de “Mais pourquoi on se compare autant ?”

  1. Très belle analyse. J’admire votre approche et votre lucidité dans votre vision de ce que devrait être la pratique de la course à pied.
    Vous avez tellement raison.
    Ne changez rien à votre approche et ayez du plaisir!!
    Michel R Hébert
    Coureur de 75 ans et qui court depuis plus de quarante ans!

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  2. Wow, superbe, je me vois tellement dans ce texte, tout est vrai, on se compare trop et on doit le faire pour les bonnes raisons ¨le plaisir¨, la satisfaction et le bien être après la course. Merci, vous m’avez fait du bien et m’avez fait sourire. On lâche pas!
    Marlène Tardif

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  3. J’ai besoin de me comparer…à moi-même…à mon groupe d’âge… Parce que j’aime les statistiques. C’est mon côté scientifique qui l’emporte. J’apprenais la biométrie quand j’étais étudiant. Je compiles les données, je fais des graphiques. Sur plein de choses. Dont la course. J’aime ça.
    Et ça me motive pour courir. Il n’ y a pas de mauvaise sources de motivation pour les coureurs. Toutes sont bonnes.
    Mais je suis un mauvais coureur au sens technique du terme (posture, talon…). J’ignore si mes statistiques vont m’aider, mais ça me motive.
    PS. Je viens tout juste d’arriver de mon école d’espagnol en courant relax. 4.7km en 25minutes. Je l’ai écrit sur mon calendrier, en préparation d’un demi-marathon estival…

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  4. Courir avec le sourir, avec plaisir, sans blessure, c’est le bonheur !!! La distance, le pace et les catégories sont des bonus qui arrivent quand on persévère dans la joie de courir 😍Merci ✌️

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  5. Un plaisir de vous lire.
    Courir pour soi est je crois la base.
    Oui, se fixer des objectifs personnels et réalisables, tout en le faisant pour soi et pour le plaisir et les bienfaits que la course apporte.

    Merci pour ce texte

    😎😁

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  6. C’est un texte tellement vrai qui me rejoint également. J’ai eu la piqure moi aussi l’an passé au défi entreprise. Très beau site et belle organisation. Je suis très déçu cette année de ne pouvoir y participer. Mon employeur c’est pris trop tard pour s’inscrire après que je lui ai mentionné un
    mois avant. Quelle déception!
    Mais je suis déja inscrit pour celui de Lévis en mai.

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  7. Bonjour Kim,
    Lorsque la météo devient plus clémente, c’est agréable de profiter des conditions plus favorables après avoir couru dans la neige, glace, etc tout l’hiver. C’est également agréable de retrouver des amis (es) coureurs souriants qui comme toi foule de nouveau les routes pour améliorer leur santé. Je me sens soudainement moins seule et je peux partager mon expérience avec d’autres. Au plaisir de te croiser un jour, qui sait, autour de l’anneau des plaines d’abraham à Québec sur l’heure du diner.

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  8. Wow excellent texte Kim!!! Après tout…. on le fait pour nous, un esprit sain dans un corps sain!! C’est très plaisant de te lire!!! 🙂 MERCI!

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  9. Bravo!

    J’étais là voici 6 ans maintenant (2ieme édition du défi 😊). Je cours encore lentement mais j’aime ça!

    Tu es un beau modèle et c’est un excellent témoignage.

    Denis

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  10. Quel beau texte! C’est difficile de laisser la performance de côté. Je pratique la course à pied depuis 36 ans et j’ai dû apprendre à accepter mes limites, car j’ai ralenti. Notre rang dans les courses peut nous motiver et nous nuire. Dans certaines courses, je peux être dans la 2ième moitié alors que dans d’autres, avec le même chrono, je peux me classer dans les 10 premières. Ce qui compte, c’est le plaisir de courir, de dépasser ses limites et de les respecter.

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