Pourquoi tu cours (et variations sur un même thème)?

Pourquoi tu cours (et variations sur un même thème)?

Cette question, je parie qu’on vous l’a posée. Plus d’une fois. Parfois par simple curiosité : « Euh, pourquoi tu cours? » D’autres fois à la blague : « As-tu oublié quelque chose? Es-tu en retard? » Et même à l’occasion avec un brin de dédain : « Sérieusement, ça donne quoi? » Permettez-moi ici de tenter une réponse.

La course est un art pratiqué par plusieurs, mais dont la maîtrise semble parfois inatteignable. C’est l’art de bouger avec fluidité, efficacité et constance, en harmonie avec le terrain. Simplement exprimé, c’est l’art de mettre un pied devant l’autre.

La course, c’est l’effort, la sueur, les levers à l’aube et les courbatures. C’est le soleil, la pluie, la neige, le vent, ressentis à chaque foulée. Ce sont les blessures, les questions, les doutes, mais aussi la guérison, les réponses, la confiance. C’est ce point, au loin, qu’on vise à atteindre. C’est la forme physique qui s’améliore. Ce sont les muscles qui abdiquent, mais l’esprit qui persévère. Ce sont les muscles qui refusent, mais ce feu intérieur qui brûle encore. Ce sont les muscles qui hurlent « Assez! » et le cerveau qui réplique « Encore un peu! »

La course c’est aussi la fierté, les accomplissements et les réussites. Qui viennent avec les déceptions, les stratégies hasardeuses et les obstacles qu’on n’a pas su voir venir. Ce sont de petites victoires personnelles, des histoires à raconter, des souvenirs, des anecdotes. C’est une expérience partagée avec d’autres, mais qui garde toujours cette touche d’unicité. Une expérience qui rassemble parfois des milliers d’individus, mais étonnamment chacun l’aura vécue différemment.

La course, c’est prôner à dessein un esprit sain dans un corps sain. C’est investir en l’avenir, sans passer par la banque. C’est planifier sa retraite, sans penser à ses RÉER. C’est préférer l’enthousiasme au marasme, la vigueur à la lourdeur, le kinésiologue au cardiologue, l’appétit dévorant aux régimes contraignants. La course, c’est un antidépresseur puissant. C’est un médicament miracle dont la recette échappe aux entreprises pharmaceutiques.

La course, c’est surtout la pureté. C’est l’air qui emplit les poumons, c’est le cœur qui bat fort, le souffle court. C’est de voir son ombre sur le sol, d’écouter ses pas, de sentir le terrain sous ses pieds. C’est la relation avec la nature, avec les rues qui font notre voisinage. C’est apprivoiser son environnement, un pas à la fois. C’est la traversée d’un ruisseau, le sommet d’une montagne, les flocons de neige qui de nulle part parsèment le sentier. Ce sont des moments de solitude et aussi d’extase. C’est un effort honnête, que l’on ne peut simuler, qui exige que chaque pas soit effectué, du départ à l’arrivée. C’est un combat contre soi-même, c’est la combinaison du corps et de l’esprit, c’est le mariage réussi d’un nombre innombrable d’éléments, le travail combiné de milliers de muscles et d’os, de sang et d’oxygène…

C’est une discipline de vie que je veux pratiquer longtemps encore, et pour laquelle j’ai beaucoup de respect. Pour ses bienfaits sur le corps et surtout l’esprit, pour les liens que je crée avec d’autres, pour ces sommets que je n’aurais jamais pensé atteindre.

A race is a work of art that people can look at and be affected in as many ways they’re capable of understanding – Steve Prefontaine

26 réflexions au sujet de “Pourquoi tu cours (et variations sur un même thème)?”

  1. Wow! Je ne sais pas si c’est parce-que c’est le matin et je suis encore fragile mais j’ai eu de la difficulté à lire tellement j’avais les yeux pleins d’eau!!!! MAGNIFIQUE!!!! C’est tellement wow! C’est comme j’aimerais le décrire mais avec un choix de mots incroyable! Merci!

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  2. Je me vois tellement . Je le dis à tout le émonde que c’ est mon antidépresseur personnel 💪 Et combien de fois j’ ai jaser avec mon ombre pour nous encourager à avancer encore et encore un peu plus loin. Et sourtout le remercier de me rendre tjrs un peu meilleur. 😍♥️

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  3. Salut Benoit. Concernant les propos loufoques venant de l’entourage, plusieurs de mes collègues sachant que je participais au M. de Boston me demandaient si j’y allais pour gagner la course…J’aurais pu leur dire n’importe quoi. Ils ne comprenaient pas pourquoi se taper cet effort pour finir 3000 ieme…Il faut vrmt être coureur pour en connaître les bienfaits!

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    • Salut Remy! C’est un peu la raison pour laquelle j’ai écrit le texte, parce qu’on me posait souvent la question et que j’avais de la difficulté à exprimer la réponse en mots. Comme tu le mentionnais, il faut avoir fait l’expérience de la course à pied pour vraiment en saisir les bienfaits. Au plaisir!

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  4. Bonjour Benoît,
    Quel beautexte! Merci!
    Toutes les fois où j’ai fait une course officielle (5, 10, 21 ou 42km), j’entends souvent les mêmes questions : “Tu l’as faite en combien de temps?” Ou: “Tu as gagné?” Ou alors: “tu es classée combien?” Ma réponse est toujours la même. : “Je l’ai terminée “. Des qu’on parle de course, les gens ont toujours la notion de compétition dans la tête. Pour moi, en plus de tout ce qui a été relaté dans votre texte ci-haut, la course est un défi personnel qui me permet d’atteindre à chaque fois un objectif un peu plus haut et de pousser la limite de mon corps un peu plus et de me dire que tout est possible! C’est d’ailleurs ainsi que j’ai réussi à finir mon 1er marathon en octobre dernier💪.

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    • Un peu comme je le mentionnais dans le texte, même si parfois une course rassemble des centaines, voire des milliers d’individus, chacun vit l’expérience différemment. Bonne chance dans l’atteinte de tes objectifs personnels, et félicitations pour ton 1er marathon!

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  5. Merci pour ce beau texte, tout est là. Mon médicament naturel à moi aussi. Un pur bonheur que de courir. Ayant du subir une chirurgie pour le cancer du sein en avril dernier, j ai pu me faire du bien lors des séances de radiothérapie qui ont suivi en allant courir après mes traitements.

    Ça m a permis de passer à travers une épreuve de la plus belle des façons. Dehors, en prenant l air, à mon rythme selon la forme du jour. Je reprends la forme, et mon cardio, tranquillement, et j apprécie d autant plus chaque sortie parce que rien n est acquis. C est un privilège que de pouvoir courir!

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    • J’ai une bonne amie qui a vécu la même situation, et qui a aussi choisi de faire du sport après l’opération. Tu as tout à fait raison, on ne peut rien tenir pour acquis et courir est un beau privilège!

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    • Merci pour ton commentaire, François! Pour ce qui est du livre, je vais laisser ça à d’autres! Ce serait comme courir un marathon, alors qu’un blogue est davantage comme un 5 km. Je préfère les courtes distances… pour le moment 😉

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  6. Très beau texte! J’ai commencé à courir à 49 ans (1 an 1/2) et j’ADORE ça. Je dis toujours à mes amis: « Comment ça que personne ne m’a dit avant ça que c’était si extraordinaire?!?!? » Je ne vise pas la performance, je vise le plaisir et la satisfaction d’avoir passé un bon moment avec moi-même.

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    • Merci Claudine! C’est un peu la même chose de mon côté, la course à pied n’était pas très populaire dans ma région, et j’en ai découvert les bienfaits seulement au début de la trentaine. Je vous souhaite plein de bons moments avec vous-même 🙂 Bonne course!

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