Un peu plus haut, un peu plus loin, je veux aller encore plus loin

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Quelques mois après sa naissance, le nouveau-né effectue ses premiers pas, malhabile et chancelant. Le temps de quelques jours, et déjà la démarche est plus assurée. Son univers, qui se résumait à ce qui lui pendait au bout du nez, est chamboulé. Ses nouvelles capacités motrices l’incitent à la découverte. Quel dommage qu’il soit impossible de se remémorer ces moments où, brusquement, exponentiellement, l’horizon s’élargit. L’être humain a toutefois la chance, des années, parfois des décennies plus tard, d’utiliser ces mêmes capacités motrices à autre escient : courir. Et de nouveau, il redéfinit son univers, ses frontières. Les premiers pas de course sont des moments exaltants. Jamais les améliorations ne se feront à un rythme aussi effréné. Les barrières tombent une à une, les encouragements des proches fusent et rapidement le coureur est emporté par la vague. Le volume augmente, l’intensité également. Mais aussi les risques, les erreurs et les courbatures. En pleine foulée, le coureur saura-t-il s’arrêter un instant pour envisager la suite? Sera-t-il en mesure d’établir des objectifs à court, moyen et long terme?

Court terme (quelques semaines)

Les objectifs à court terme sont sans aucun doute les plus faciles à fixer. Ils demandent peu de réflexion, sont souvent le fruit d’une impulsion et seront rapidement choses du passé. Ce sont aussi les plus pernicieux, puisqu’ils impliquent un temps de préparation plus court et, par conséquent, des décisions parfois contestables. Exemple typique : s’inscrire à un 10 km dans un mois, après un hiver passé bien au chaud. Tel un cheval de calèche affublé d’œillères, le coureur n’entrevoit qu’une perspective : droit devant. La préparation est bâclée, le volume trop élevé. Plusieurs s’en tireront sans dommages, pour mieux recommencer. Jusqu’à ce que le corps mette un frein aux excès de zèle. Si les objectifs à court terme permettent d’attiser l’enthousiasme ou, plus simplement, de se remettre en forme, c’est bien. S’ils deviennent la norme et se répètent sur une longue période, ils sont une invitation aux blessures et à la stagnation des résultats.

Moyen terme (trois à douze mois)

Les objectifs à moyen terme visent à envisager une année, ou une saison, dans son intégralité. Ce peut être de définir les 2 ou 3 compétitions les plus importantes de l’année, de courir 4 fois par semaine avant la fin de l’été, ou de planifier un voyage au cours duquel course à pied et randonnée seront au menu. Ces objectifs permettent de se questionner sur la pertinence d’un entraînement ou d’un évènement. Par exemple, si un coureur souffre de douleurs au pied, qu’il est inscrit à un 5 km en avril et à un 10 km auquel il accorde plus d’importance en juin, ne serait-il pas plus réfléchi de prendre quelques jours de congé dès maintenant, pour éviter une blessure plus grave? Ces objectifs offrent une meilleure vue d’ensemble et évitent souvent des décisions mal avisées, causées par le manque de temps, ou la pression des pairs. Ils apportent leur lot de fierté, puisqu’ils exigent davantage d’efforts et de volonté.

Long terme (années, décennies)

Pour beaucoup, la course à pied deviendra une habitude de vie. Au-delà de la vitesse, des kilomètres parcourus, des honneurs, c’est la continuité qui prime. Dans cette optique, les objectifs à long terme sont d’une importance capitale. Ils répondent à la question suivante : quelles mesures puis-je prendre aujourd’hui afin d’assouvir ma passion le plus longtemps possible? Ce qui signifie que parfois, la raison doit l’emporter sur la passion. Et pour d’autres, qui visent à la fois longévité et performance, rien n’empêche de voir loin. On ne soustraira pas 5 minutes à son temps sur 10 km en une année, mais si cette amélioration se faisait sur 5 ans? Pourquoi pas?

Suis-je bien… objectif?

J’ai remarqué, au fil des années, qu’il est beaucoup plus facile de conseiller son prochain que de se faire soi-même entendre raison. Ai-je couru mon premier ultramarathon trop tôt? Tout à fait. Ai-je aggravé des blessures en ne tenant pas compte des signaux qu’envoyait mon corps? Plusieurs fois. Ai-je poussé trop fort au cours d’un entraînement, alors que je savais pertinemment que ce n’était pas la chose à faire? Une seule fois… par semaine! Mais je mûris tout de même, et j’y trouve beaucoup de satisfaction. Je conclurai avec trois bouts de phrase qui, je l’espère, vous serviront :

1) dans le doute, s’abstenir;
2) dans la douleur, s’arrêter;
3) dans chaque décision liée à l’entraînement, se questionner.

Sur ce, bonne course à toutes et à tous!
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