La fable du lièvre et de la tortue, revisitée

Lecture de 768 mots (4min30sec)

(La tortue) part, elle s’évertue;

Elle se hâte avec lenteur 

(Le lièvre) partit comme un trait; mais les élans qu’il fit

Furent vains.

(Extrait Du lièvre et de la tortue – Jean de La Fontaine)

Quand il couche sur papier, en 1668, les vers du Lièvre et de la tortue, Jean de La Fontaine ne s’imagine sûrement pas que ses fables seraient toujours d’actualité quelque 350 ans après. Qui ne connaît pas l’adage célèbre « Rien ne sert de courir, il faut partir à point »? Qui ne saisit pas la dissonance entre le lièvre, doué certes, mais vaniteux et flâneur, et la tortue, lourdaude, lente, mais persévérante et frondeuse? En 2019, cette fable trace, je crois, un parallèle intéressant avec la course à pied et, plus précisément, les coureurs qui nous entourent. D’un côté, nous connaissons tous un lièvre à la foulée fluide, à la vitesse étonnante, et ce, malgré un entraînement qui semble lacunaire, sinon carrément insuffisant et improvisé. De l’autre, nous côtoyons tous une valeureuse tortue qui sur le métier remet cent fois son ouvrage et n’en a rien à faire de la neige, la pluie, la fatigue, les courbatures… Sa carapace nous paraît bien dure en comparaison avec la douce fourrure du lièvre. Et si, au bout du compte, le parfait bipède était en fait un amalgame, un lièvre aux puissantes pattes postérieures, mais doté d’une carapace robuste? Conseils pour la tortue aspirant à la vitesse, et au lièvre en quête d’ardeur au travail.

La tortue qui se prenait pour un guépard (poursuivons la thématique animalière!)

Bien qu’elle affiche d’emblée la bonne attitude, la tortue croit parfois en la fatalité : « Je n’étais pas née pour courir vite. Pas la bonne taille, les bonnes jambes, les bonnes fibres musculaires… C’est pour d’autres. » À cette tortue, je répondrai :

  1. Ajoute des accélérations à ton entraînement. Ce peut être simplement de courts sprints (10‑20 secondes) au cours de la sortie, ou des accélérations faites en fin d’entraînement, avec récupération complète. Convaincs tes jambes, petit à petit, qu’elles peuvent aller plus vite.
  2. Effectue des exercices liés à la technique, par exemple la routine A-B-C. Cette bonne habitude, qui ne prend que peu de temps, ajoute légèreté et souplesse à la foulée.
  3. Côtoie le lièvre et le guépard, de temps à autre, et à petites doses d’abord. Observe bien comment ils s’entraînent, pose des questions et, quand tu t’en sens le courage, participe à un entraînement sur piste avec eux.
  4. Établis des objectifs. Sois ambitieuse certes, mais réaliste. Progresse à ton rythme. Après tout, la première fois que maman guépard a envoyé bébé guépard chercher le déjeuner, il n’est pas revenu avec un éléphant!

Le lièvre qui se prenait pour un castor (un autre mammifère dans l’équation!)

Le lièvre manifeste des aptitudes naturelles évidentes, et peut s’y fier un peu trop aveuglément : « J’ai amplement de temps avant la compétition. Pourquoi devrais-je me lever tôt pour m’entraîner? Je me débrouillerai bien le jour venu. » À ce lièvre, je répondrai :

  1. Ajoute des sorties plus lentes à ta routine. Ces entraînements visent à développer l’endurance sans créer trop de dommages musculaires, et surtout à faire de la course à pied une habitude.
  2. Concocte un horaire. Qu’il soit strict ou flexible, l’horaire invite à davantage de discipline.
  3. Côtoie la tortue et le castor. Ces derniers font fi des intempéries, se greffent souvent à un ou plusieurs groupes, et te permettront d’adopter un rythme plus conservateur. Voilà de bons partenaires d’entraînement!
  4. Établis des objectifs. Vise la constance, sans toutefois en faire une obsession. Accepte les accrocs à l’horaire. Après tout, la première fois que bébé castor s’est mis au boulot, ça n’a pas pris l’ampleur de la Baie James!

Morale de cette fable

Nous avons tous hérité, à la naissance, d’un bagage génétique. Pour la vaste majorité, ce bagage ne sera pas suffisant pour atteindre les plus hauts sommets de la course à pied. Ceci étant dit, rien ne nous empêche de persévérer et de remporter, nous aussi, de belles victoires personnelles, le tout en s’inspirant des gens qui nous entourent. Le lièvre ne devrait pas détourner le regard lorsque passe la tortue, le pas moins rapide, mais l’effort constant. La tortue peut elle aussi épier le lièvre, et s’en inspirer pour ajouter une touche de vitesse et d’insouciance à son quotidien.

Tout comme Jean de La Fontaine, je crois qu’au bout du compte, la tortue, à force de persévérance, a plus de chances de l’emporter. Ce serait toutefois mentir de dire que je n’envie jamais le lièvre.

En conclusion, que vous trottiez à pas de tortue ou détaliez comme un lièvre, l’important demeure d’y éprouver du plaisir et un sentiment d’accomplissement.

——————————————————
Vous aimerez peut-être :

De mouche à lionne (biographie d’une coureuse) Lecture de 926 mots (5min30sec) / Hugo Clermont
Le repos annuel, à quoi ça sert? Lecture de 389 mots (2min) / Daniel Riou

5 réflexions au sujet de “La fable du lièvre et de la tortue, revisitée”

  1. Wow! C’est très beau! Et ça me rejoint beaucoup! Pour ma part je suis plutôt la tortue…mon but est plus de finir une course que de battre un temps. Mais moi aussi j’envie quelques fois le lièvre. 😉

    Répondre
    • Bonjour Annie,

      Oui, certains exercices de courte durée peuvent aider à créer de la vitesse. Plusieurs coachs le recommandent, entre autres Jack Daniel et David Roche.

      Bonne course!

      Répondre

Laisser un commentaire